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Couverture de Dernières nouvelles de la Terre chez L'Atalante

Dernières nouvelles de la Terre de Pierre Bordage

8/10/2010
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Img Dernières nouvelles de la Terre
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Dernières nouvelles de la Terre est un recueil de nouvelles de Pierre Bordage publié par L’Atalante. Ces nouvelles se passent pour la plupart dans le futur, plus ou moins proche selon les nouvelles.

Je ne vais pas parler de chacune des nouvelles, d’une part parce que je ne verrais pas quoi dire, les textes étant plutôt courts, mais également et surtout parce que les nouvelles forment un ensemble qui n’a d’intérêt que soudé. Car si je n’ai pas eu de coup de coeur pour chacune des nouvelles (on peut même dire que certaines ne m’ont fait ni chaud ni froid), on peut dire que j’ai apprécié l’ensemble qu’elles formaient.

Couverture chez L'Atalante

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on y voit un peu de tout. Ça tend vers le pessimisme, bien sûr, tout en n’allant pas trop loin ce de côté là, mais les nouvelles ont pour mérite de soit complètement changer de sujet, soit exploiter différentes possibilités quand au futur. Le problème réside dans le fait que les sujets et les pistes exploitées n’ont pas réussi à me toucher ni à m’évoquer quoi que ce soit…

Je dois quand même dire que ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais au départ. Je pensais voir des textes engagés politiquement, ou engagés tout simplement, et finalement, ce sont des nouvelles plutôt neutres à ce niveau-là. On touche plutôt à des sujets « généraux », comme la guerre, le développement d’un virus, l’installation d’une colonie Terrienne sur une autre planète, qui oublie progressivement l’existence de la Terre vouée à disparaître… Ce n’est pas à proprement parler effrayant, mais ce n’est pas non plus réjouissant… Mais une fois que j’ai compris que les nouvelles étaient plutôt « distrayantes », j’ai enfin pu profiter de ma lecture. D’ailleurs, je pense que c’est à cause de cette déception que l’introduction aux nouvelles ne m’a pas du tout emballé. C’est l’histoire d’une femme qui vient du futur remercier son auteur préféré pour avoir changé sa vie… C’est un peu le rêve de tout auteur de science-fiction j’imagine, donc je pense que l’auteur a simplement voulu se faire plaisir, et peut-être que j’aurais aimé si ça avait été tourné d’une différente façon, mais celle qu’a utilisé l’auteur ne m’a pas convaincu sur le moment, en fait je ne voyais pas l’intérêt réel de cette introduction.

Le style de Bordage est joli en tout cas, fin, délicat, il va droit au but. On ne retrouve pas cette virtuosité que j’aime chez certains auteurs, mais il est agréable. Ce n’est pas un style très descriptif, mais il est très émotif et réaliste au niveau des dialogues.

Donc, je vous conseille ce recueil si vous souhaitez passer un bon moment, les nouvelles sont plutôt agréables, et on prend du plaisir à les lire car même si elles sont pessimistes, ce sont quand même de belles histoires. Malheureusement, il n’y a rien de trop accrocheur dans chacune des nouvelles qui m’ait marqué et on peut dire que pour un premier Bordage, j’ai été assez déçu car j’attendais beaucoup de cet auteur…


La Zone du Dehors

La Zone du Dehors d’Alain Damasio

31/03/2010
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Img La Zone du Dehors
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Je voulais lire La Zone du Dehors d’Alain Damasio depuis un moment, depuis ma lecture de la Horde du Contrevent en fait, mais c’était une envie mêlée de crainte.

Pourquoi de la crainte ? Au départ, avant de lire des critiques détaillées de ce livre, je le voyais comme de la Science-Fiction à boulons, et je déteste ça. L’envie, elle, venait de l’auteur, dont j’avais adoré la Horde, et qui m’avait donné envie d’en découvrir plus du même auteur. Voilà un petit résumé avant de vous présenter ce que j’ai pensé de ce bouquin.

On retrouve la Horde, c’est indéniable. Que ce soit au niveau du changement de style selon le narrateur ou des jeux de mots incomparables, on sent que c’est Damasio qui se cache derrière ! Même si la puissance du style est moins présente que dans la Horde (c’est compréhensible, la Horde a été écrite après la Zone), c’est encore un bouquin qui fait que, à la lecture, on se demande s’il a été traduit ! C’est une oeuvre de Français incomparable, doublée d’une critique de la démocratie plutôt fine et recherchée. Critique de la démocratie, mais pas que ! A la manière d’Orwell dans son 1984, Damasio nous donne sa vision de l’avenir, et même si dans Cerclon, la vie n’est pas dangereuse, ce qu’il prévoit pour la Terre n’est pas vraiment encourageant, même si c’est ce qui se produira inévitablement un jour.

Mais, et c’est cela le plus intéressant dans ce bouquin, et ce à quoi va être consacré la grande majorité du bouquin, même si la vie n’est pas dangereuse sur Cerclon et qu’on y vit confortablement, même pour le « dernier » des citoyens, un mouvement se bat continuellement contre la démocratie en place.

Je dois dire que la première chose qui m’a frappé, c’est que l’on puisse remettre en cause la démocratie. Et je pense que cela a été une double claque quand je me suis rendu compte de ma naïveté : depuis que je suis né, on nous rabâche tellement les oreilles sur le fait qu’il n’existe pas mieux que ce régime, que l’on a bien de la chance de vivre dans cette époque de paix, etc, que je ne m’étais même pas donné la peine d’y réfléchir, j’y croyais et ils avaient même réussi à me faire éprouver une sorte de fierté (que certains appelleront patriotisme ?) quand au régime en vigueur dans mon pays.

Et c’est exactement ça que dénonce Damasio ! Cette espèce de « propagande » passive, celle que tout le monde insuffle aux autres, un bouche-à-oreille naturel, inculqué aux générations suivantes par le biais des valeurs et des normes par leurs propres parents. Le citoyen qui se dit « Je me tais parce qu’il y a pire ailleurs et que j’ai de la chance de vivre comme je vis » alors qu’il peut vivre autrement : mieux !

Attention, je ne dis pas que ce que nous avons est une horreur absolue, qu’il faut retourner dans une monarchie, non, il faut avancer, avancer au risque de revenir au début, mais pour emprunter un chemin différent. Damasio propose l’anarchisme, cependant, je ne pense que ce soit viable sur le long terme, et il le prouve dans son livre.

La Zone du Dehors de la Volte

En effet, ce que Damasio reproche aux gens, c’est de ne pas vivre leur vie comme ils l’entendent, de se laisser dicter leur vie par des lois, des normes et par le regard des autres. Mais pire encore, c’est que l’on plonge dans un système où chacun est le policier de chacun. La vie privée n’existe plus, elle est toute entière soumise au regard des autres, qui vous jugent sans même vous connaître et vous condamnent avant même de vous avoir laisser vous expliquer. Les gens sont prêts à condamner un homme avant même de l’avoir écouté parler !

Pour illustrer ces idées, Damasio a inventé toute une organisation sociale : des tours sont mises à disposition de tous les habitants, depuis lesquelles ils peuvent espionner la vie de leurs proches ou tout bonnement des autres grâce à des outils d’espionnage fournis. Ils peuvent témoigner anonymement d’actes dont ils ne connaissent même pas le contexte.
Les citoyens sont aussi soumis à l’implantation d’un code-barre qui leur permet de franchir les portes. Certaines portes leur sont bloquées si, par exemple, leur code en banque n’est pas assez rempli ou leur casier judiciaire n’est pas vide. Leurs déplacements sont ainsi constamment surveillés, leur vie entière est filmée, enregistrée et stockée sur le Terminor, un « ordinateur » géant contenant la vie entière de tous les citoyens.

C’est donc un contrôle absolu qu’exerce le gouvernement sur le citoyen, mais le pire, c’est que le citoyen en est conscient et y consent ! Je n’ai pu m’empêcher de comparer cela à l’époque d’aujourd’hui, et j’ai trouvé que le fait qu’il commence à y avoir des caméras dans de plus en plus de lycée, qui en placent même jusque dans les toilettes, est affolant. Si l’on va dans ce sens, toujours en prenant le prétexte de notre sécurité, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas jusqu’à contrôler l’accès de ses citoyens selon divers critères établis à l’avance ?

Mais ce livre n’est pas que ça, c’est un appel à vivre, vivre comme on l’entend, « Lâchez vos écrans !, crie-t-il, regardez autour de vous, avez vous déjà vu vos voisins ? Leur avez-vous parlé ? ». Et il n’a pas tort, peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait la connaissance de tous leurs voisins. Qui discute dans le bus, dans le tramway ou dans le métro avec des inconnus ? Seulement pour parler ? Très peu malheureusement.

Pour appuyer ce qu’il dit, Damasio met en place, autour de Cerclon, une société au régime inexistant, composée de plusieurs villages. Dans chaque village est développée une façon de vivre différente. Par exemple, dans Gomorrhe, on vit dans une constante ambiance de sexe, car un jour sur deux, vous pouviez soumettre une personne de votre choix à votre bon plaisir, et le deuxième, votre partenaire fait de même avec vous.
Dans la cité de Mirajeu, chaque mois, un thème est choisi,  et vous devez vivre dans ce thème. Par exemple, si le thème choisi est « Le Moyen-Age », tous les habitants vivront comme s’ils étaient au Moyen-Age, essaieront de parler de la manière de l’époque, s’habilleront à la mode de l’époque, etc.

En tout cas, aucun chef ne règne, aucune police ne patrouille, l’équilibre est assez précaire. En plus de cela, il n’y a aucune monnaie. Comme Damasio l’explique, l’argent entraîne le capitalisme et les castes sociales réapparaissent, ainsi que les jalousies, tout fonctionne donc au troc. Le troc permet un rapprochement des habitants, car ils sont obligés de trouver un arrangement selon les capacités de chacun, et il n’est pas rare qu’un homme demande à un autre d’apprendre quelque chose à son fils.

C’est très bien donc, sur le principe, mais est-ce viable sur le long-terme ? Aucune police pour contrer les mauvaises intentions, tout repose sur la confiance. Mais ça ne peut pas marcher, et Damasio en donne une preuve : Dans Gomorrhe, un marché s’installe : celui de la prostitution, et dans Mirajeu, c’est la mafia qui s’installe, construit des casinos et fait régner sa loi particulière.

Bref je vais m’arrêter là, je finirais en disant que l’ambiance est plutôt sombre et qu’on en oublie parfois que le régime en vigueur est une démocratie, tellement le contrôle est absolu.

Lisez ce livre, au moins pour vous poser la question : Suis-je moi-même ou seulement une machine utile ?


Couverture de L'Atalante

Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams

4/03/2010
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Img Ceci n'est pas un jeu
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Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams m’a été envoyé par l’Atalante, que je me permets de remercier encore une fois, dans le cadre des critiques collectives de Livres Fantastiques.

Je ne savais pas à quoi m’attendre en prenant ce livre, surtout après la lecture du résumé. En effet, je ne lis pratiquement jamais de polars, et pourtant, les deux ou trois livres que j’ai lus faisant partie de ce genre n’étaient pas mauvais du tout. Etant inscrit au service de presse d’une autre des collections de l’Atalante, je ne m’attendais pas du tout à recevoir un livre de ce genre. Finalement, je ne suis pas complètement déçu, ce livre comporte assez de SF.

Walter Jon Williams nous embarque donc dans une Amérique de notre époque, et plus particulièrement dans une grande entreprise, un peu comme Google, sur plusieurs fronts à la fois, et dont le propriétaire est millionnaire. Dagmar est une femme d’une trentaine d’années travaillant pour ce millionnaire, qu’elle connaît depuis la fac et avec qui elle entretient donc des rapports amicaux. Elle s’occupe de la section des ARG de la boîte, une sorte de jeu fait d’énigmes que les joueurs doivent résoudre en étant parfois amenés à voyager d’un endroit à l’autre dans le monde. Ce genre de jeu s’est très développé en un temps limite puisque même si on ne nous donne jamais d’année précise, on se doute que ce n’est vraiment pas loin de nous. Les technologies de notre époque sont très utilisées par Dagmar et les gens autour d’elle, ce qui m’a un peu gêné, je ne suis pas un fan de la Fantasy traditionnelle pour rien après tout !

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Il faut savoir que Ceci n’est pas un jeu n’est pas vraiment fait pour les vrai geeks, car il est vraiment vulgarisé à l’extrême, et les explications sont parfois limites… J’ai été agacé par certaines remarques des personnages du livre, le « Qui a décidé que le HTML serait sensible à la casse !? » notamment. Autrement, l’auteur, avec un style plutôt simple, nous amène droit au but. Les descriptions sont peu nombreuses mais on ne se « perd » pas trop, donc ça passe. C’est un peu dur juste après Les Scarifiés qui en est blindé ! Mais l’auteur sait gérer le suspense et l’intrigue défile tellement rapidement qu’on ne peut que se focaliser dessus et que l’on oublie pratiquement ce détail.

Oui, l’action est rapide. Les évènements s’enchaînent à un rythme effrayant mais l’on suit très facilement, c’est assez fluide, le débit est seulement important. On se retrouve embarqué dans deux directions complètement différentes et le point commun qui les fera se rejoindre n’apparait qu’au dernier moment, c’est plutôt bien mené et même si j’avoue que je ne lis pas souvent de polars et que quelqu’un de plus « expérimenté » que moi aurait peut-être directement compris, je n’ai rien vu venir. On nous dirige plutôt vers une direction qui fait passer l’autre au second plan, ce qui fait passer certains évènements réellement capitals comme des évènements ne servant qu’à ajouter un peu de contenu.

Du coup mon avis est assez mitigé, parce que même si l’intrigue est bien menée et que le rythme qui s’accélère pour finalement s’arrêter brutalement à la fin m’ont plu, comme dans assez de polars c’est vrai, j’ai été assez déçu que le style ne soit pas meilleur que celui là. Je vous assure qu’après du Miéville ça parait fade. Le livre est pourtant assez original, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de polars abordés de cette façon là. Donc pour moi, j’ai passé un bon moment, lisez le si vous voulez changer vos habitudes et voir un  peu de neuf, mais attention aux geeks qui pourraient être vraiment agacés à certains moments !