Le Déchronologue de Stéphane Beauverger
20/03/10
Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : leDéchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.
Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un gallion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l’impensable : un Léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher la foudre et d’abattre la mort !Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !
Le déchronologue est un roman écrit par un auteur Français, Stéphane Beauverger, que je ne connaissais pas mais que je vais bientôt bien connaître à mon avis car cette découverte s’est révélée être un gros coup de coeur. J’ai été attiré par ce livre grâce à 3 points essentiels :
- La couverture : Toute en douceur, floue, elle attire par son mystère, et quoique certains la trouveront un peu simple, je l’aime.
- Les prix : Le déchronologue a en effet gagné deux prix depuis sa sortie en mars 2010, et pas des moindres car il s’agit du Grand Prix de l’Imaginaire 2010 et du Prix Européen des Utopiales 2010. D’habitude je n’y fais pas attention, mais cela va changer !
- La maison d’Edition : La Volte édite notamment Alain Damasio, dont j’ai très apprécié sa « Horde du Contrevent » (et quand je dis très apprécié, je modère mes propos, en fait, j’ai carrément adoré !).
Je m’attendais donc à quelque chose de bon, même si l’histoire en elle-même ne m’intéressait pas des masses. Il faut savoir que pour moi, le style de l’auteur compte énormément, peut-être même plus que l’intrigue, et que je suis prêt à lire un bouquin ignoblement stéréotypé tant que l’auteur écrit bien.
Ce n’est pas le cas du Déchronologue, d’ailleurs, je n’ai pas réussi à le classer, pour vous prouver à quel point ce bouquin est original. High Fantasy ? Science-Fiction avec l’Uchronie ? Je n’en sais strictement rien, et c’est peut-être mieux ainsi. Le déchronologue n’a de toute façon pas besoin d’être classé.
Tout d’abord, il faut dire qu’il porte extrêmement bien son nom, la lecture est très bouleversante, car elle ne suit aucun ordre chronologique, c’est tout juste s’il est logique. Je me suis longtemps demandé si il fallait le lire tel qu’il était écrit ou rechercher le chapitre suivant dans l’index. Donc futurs lecteurs du déchronologue, ce livre se lit bel et bien comme d’habitude (même si on a un gros doute tout au long de la lecture) !
Dans ce livre, on suit la vie du capitaine Villon, un flibustier Français comme il en existât au XVIIème siècle, même si aucun n’eut la vie qu’il menât. C’est étrange, car l’on passe, au premier chapitre, du commencement de sa carrière, à, au second, la fin de sa vie pratiquement. On revoit donc parfois des personnages morts plus tôt réapparaitre dans un chapitre suivant. Comment cela est-il possible ? Comment l’auteur parvient-il à donner une cohérence à son livre, si l’on assiste à la mort des personnages avant même de savoir ce que Villon et lui ont accompli ensembles ? Et bien c’est à la fois simple et compliqué. D’une part, il faut savoir qu’il y a très peu de personnages importants. Ça doit tourner autour de 6 voire 7. C’est peu mais cela suffit, car ce sont des personnages très complexes et très fouillés, qui même si leur nature nous révulse, si les erreurs qu’il commettent nous énervent, sont tout de même très intéressants et recherchés. Leurs réactions sont vraiment sensées et il paraissent humains. Ces 6 personnages là sont donc parfois brutalement introduits, mais ce n’est pas dérangeant car c’est généralement là qu’on en découvre le plus, et il n’est pas nécessaire de savoir comment Villon et lui se sont rencontrés ni ce qu’ils ont accompli ensemble avant que l’auteur ne nous le dise.
Autrement, ce livre est extrêmement intéressant d’un point de vue historique. On en apprend beaucoup sur le langage des marins et sur la piraterie, et plus précisément la flibuste. Malgré les quelques rares passages un peu « sales » qui pourront rebuter certaines personnes (faut pas le lire quand on a une irrépressible envie de vomir là, c’est clair et net) mais qui m’ont personnellement beaucoup plu (j’ai des goûts bizarre mais je les assume
), je le conseillerais à tout ceux qui veulent en apprendre plus sur l’univers des océans et plus particulièrement des Caraïbes.
Par contre, il faut faire très attention, ce livre est bourré d’anachronismes. C’est impressionnant, déboussolant, original, et tout ce que vous voudrez, il n’empêche que c’est parfois très drôle de retrouver des baladeurs MP3, radios, ampoules électriques etc dans cet univers où le monde les accueille avec peur mais aussi envie, des gens qui prennent cela pour de la magie. Appelées maravillas, ces produits d’une autre époque arrivent dans ce siècle par le biais d’ouragans temporels. Le monde va mal, si mal que le temps lui-même se dégrade, s’enroule sur lui-même pour fusionner deux instants complètement différents.
Villon joue un rôle important dans ceci, en commençant par marchander ces maravillas, afin de devenir riche. Villon est un ivrogne complètement obsédé par ces nouvelles technologies, et notamment par les conserva (je n’ai pas réussi à deviner ce que c’était exactement, je sais seulement que cela sert à se nourrir ou à soigner) qui pour lui, seront d’un grand secours aux populations. Malgré son très gros penchant pour la boisson, on s’attache très vite à Villon, sûrement à cause des différentes épreuves très dures qu’il traverse, notamment ses mises à la diète régulières. Malgré cela donc, Villon va travailler à réparer le monde qui part complètement dans tous les sens, en envoyant ceux qui sortent de ces ouragans par le fond.
Je n’en dis pas plus donc sur l’intrigue générale, à part que même si ça parait complètement déjanté dit comme ça, ça reste vraiment « logique », si tant est que l’on puisse le qualifier de tel. En tout cas, ça confère une ambiance toute particulière au monde du roman d’incompréhension et de peur, très bien retranscrite par l’auteur dans son style bien particulier et agréable, qui sait prendre toutes les formes nécessaires. Il n’y a pas beaucoup de descriptions comme dans un Miéville, mais les quelques qui y sont sont, je n’irais pas à dire belles car ce qui est décrit est généralement dégoutant, mais en tout cas extrêmement efficaces et enflamment notre imagination.
En tout cas, c’est un très bon livre que, même si je ne le recommanderais pas avant de connaître précisément les goûts des gens, je recommande à tout ceux qui veulent lire de la Fantasy originale. En tout cas, si vous avez aimé Perdido Street Station et la Horde du Contrevent, il est très probable que vous aimiez celui-ci, qui réunit certains aspect des deux.
La Volte ne m’a pas déçu et je vais farfouiller du côté de leurs bouquins je pense, j’ai comme l’impression qu’ils ont de très fortes exigences qui promet une qualité extrême.
Immortel de Traci L. Slatton
19/03/10
Immortel (ou Immortal en V.O.) est un livre sortit en 2008 aux Etats-Unis. En fin 2009, les éditions de l’Atalante ont eu l’intelligence de faire traduire ce roman et de le publier au grand bonheur des lecteurs qui malheureusement ne sont pas si nombreux que cela. Je m’étendrais donc sur le bouquin, que j’ai reçu grâce aux critiques collectives que mène Julien sur Livres Fantastiques, plus tard. Pour l’instant que diriez-vous d’un petit aperçu de l’histoire ?!
C’est dans un cahier, offert par l’illustre Dante, que Luca Bastardo, notre héros, nous conte son existence à l’heure fatidique de sa mort.
Luca n’a néanmoins pas eu une vie des plus banales. Enfant des rues et orphelin, Luca essaie de vivre du mieux possible dans cette ville plutôt dangereuse qu’est la Florence du XVième siècle. Ce jeune garçon, au physique des plus majestueux, se débrouille bien comme il peut pour survivre que ce soit par la mendicité, le vol ou bien en profitant de la bonté de certains riches dignitaires florentins.
Un jour, alors qu’il vaque à ses occupations avec ses amis Paolo et Massimo, il est repéré par un grand peintre florentin de cette époque qui n’est autre que Giotto ; une admiration partagée nait entre ces deux personnages, Giotto allant jusqu’à représenter Luca sur une de ses fresques de l’église Santa-Cruze. Quelques temps plus tard il est également repéré par Bernardo Silvano pour sa beauté. Celui-ci est le propriétaire d’un lupanar (bordel), et manigance un stratagème pour le faire rentrer comme une sorte de prostituée pour les hauts dignitaires florentins qu’ils soient laïques ou religieux. Luca se fait prendre au piège, il est donc obligé de se prostituer sous peine d’être battu presque à mort. Sa beauté fait alors de lui un des gigolos les plus réputé de la ville et son éternelle jeunesse ne fait que d’attiser haines et questionnements, notamment le sien.
C’est à partir de cela que toute la vie de Luca Bastardo est basée. Il deviendra mercenaire, marin, physico (médecin), alchimiste. Il rencontrera des personnages comme Botticceli, Léonard de Vinci, Laurent le Magnifique et bien d’autres. Il restera jusqu’au jour où la vie n’aura plus eu de sens pour lui.
Ce livre est un roman historique et il faut vraiment le savoir avant de se lancer dans « l’aventure » car cela n’est pas vraiment explicite au regard des premières pages du livre. En effet Luca est immortel mais cela reste le seul élément « hors norme » de l’histoire, il est beau mais pas pour autant doué d’une intelligence hors du commun.
Parlons tout d’abord de l’histoire. Le récit est plutôt bien structuré, il oscille entre passages d’action, de dialogues, de descriptions, et de réflexions philosophiques, tout est donc bien proportionné. En soi l’histoire est assez banale mais c’est dans son cadre qu’elle se distingue, les paysages divers, allant des campagnes luxuriantes de la toscane aux bas fonds de Florence en passant par les palais Médicis pour finir sous le dôme de la cathédrale Santa Maria Del Fiore, sont à vous couper le souffle.
L’action reste haletante même si l’auteur marque des pauses et c’est pour cela que je pourrais critiquer ce livre. En effet l’action est quand même bien présente dans ce bouquin cependant les passages plus descriptifs ne vont pas capter l’attention je veux dire par là que quelqu’un qui ne s’intéresse pas forcement à l’histoire de cette époque et de Florence car c’est pratiquement le seul point abordé risque de s’embourber dans le bouquin et de ne pas avoir envie de continuer à lire le livre. De plus on peut reprocher à l’auteur d’attendre un peu trop dans le récit pour énoncer les sujets les plus importants de l’histoire.
Là où le lecteur trouve son compte c’est dans les personnages. Bien qu’ils soient pour la plupart de réelles personnalités, l’auteur est arrivé à diversifier le type des personnages certains nous apparaitront mystérieux, drôles, macabres, touchants, sévères, impitoyables, lamentables, haineux, bref vous ressentirez tout un tas de sensations que vous ne retrouverez pas dans un Brisingr ou dans l’Epée de Vérité.
Je parlais tout à l’heure de débats philosophiques ! Et bien oui vous aviez bien lu ! Il s’agit de l’un des gros avantages de ce livre ; d’une part parce qu’ils restent compréhensibles par le commun des mortels comme moi et d’autres part parce qu’ils touchent beaucoup de sujets encore d’actualité comme l’éducation l’art la mortalité et donc bien évidemment la religion et d’autre qui ne le sont plus du tout mais qui font tout de même réfléchir avec la question de l’essence de Dieu et de l’existence d’un « dieu rieur ».
Au niveau de l’histoire ce livre porte donc au final beaucoup d’intérêt avec tout de même ce petit bémol concernant l’attention du lecteur au début du livre et à certains autres endroits.
Quant à la forme je n’ai pas grand chose à dire à part que c’est vraiment impressionnant. Le style est parfait, le vocabulaire très varié. Peu être que l’on peu avoir un peu de mal avec la multitude de mot en italiens mais c’est vraiment mineur.
J’ai donc vraiment apprécié ce livre et j’ai bien pris mon temps d’ailleurs c’est pourquoi je m’en excuse auprès de Julien. Il se lit vraiment aisément et cela fait vraiment du bien de retourner un peu de temps en temps à du « one-shot ».
Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams
4/03/10
Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams m’a été envoyé par l’Atalante, que je me permets de remercier encore une fois, dans le cadre des critiques collectives de Livres Fantastiques.
Je ne savais pas à quoi m’attendre en prenant ce livre, surtout après la lecture du résumé. En effet, je ne lis pratiquement jamais de polars, et pourtant, les deux ou trois livres que j’ai lus faisant partie de ce genre n’étaient pas mauvais du tout. Etant inscrit au service de presse d’une autre des collections de l’Atalante, je ne m’attendais pas du tout à recevoir un livre de ce genre. Finalement, je ne suis pas complètement déçu, ce livre comporte assez de SF.
Walter Jon Williams nous embarque donc dans une Amérique de notre époque, et plus particulièrement dans une grande entreprise, un peu comme Google, sur plusieurs fronts à la fois, et dont le propriétaire est millionnaire. Dagmar est une femme d’une trentaine d’années travaillant pour ce millionnaire, qu’elle connaît depuis la fac et avec qui elle entretient donc des rapports amicaux. Elle s’occupe de la section des ARG de la boîte, une sorte de jeu fait d’énigmes que les joueurs doivent résoudre en étant parfois amenés à voyager d’un endroit à l’autre dans le monde. Ce genre de jeu s’est très développé en un temps limite puisque même si on ne nous donne jamais d’année précise, on se doute que ce n’est vraiment pas loin de nous. Les technologies de notre époque sont très utilisées par Dagmar et les gens autour d’elle, ce qui m’a un peu gêné, je ne suis pas un fan de la Fantasy traditionnelle pour rien après tout !
Il faut savoir que Ceci n’est pas un jeu n’est pas vraiment fait pour les vrai geeks, car il est vraiment vulgarisé à l’extrême, et les explications sont parfois limites… J’ai été agacé par certaines remarques des personnages du livre, le « Qui a décidé que le HTML serait sensible à la casse !? » notamment. Autrement, l’auteur, avec un style plutôt simple, nous amène droit au but. Les descriptions sont peu nombreuses mais on ne se « perd » pas trop, donc ça passe. C’est un peu dur juste après Les Scarifiés qui en est blindé ! Mais l’auteur sait gérer le suspense et l’intrigue défile tellement rapidement qu’on ne peut que se focaliser dessus et que l’on oublie pratiquement ce détail.Oui, l’action est rapide. Les évènements s’enchaînent à un rythme effrayant mais l’on suit très facilement, c’est assez fluide, le débit est seulement important. On se retrouve embarqué dans deux directions complètement différentes et le point commun qui les fera se rejoindre n’apparait qu’au dernier moment, c’est plutôt bien mené et même si j’avoue que je ne lis pas souvent de polars et que quelqu’un de plus « expérimenté » que moi aurait peut-être directement compris, je n’ai rien vu venir. On nous dirige plutôt vers une direction qui fait passer l’autre au second plan, ce qui fait passer certains évènements réellement capitals comme des évènements ne servant qu’à ajouter un peu de contenu.
Du coup mon avis est assez mitigé, parce que même si l’intrigue est bien menée et que le rythme qui s’accélère pour finalement s’arrêter brutalement à la fin m’ont plu, comme dans assez de polars c’est vrai, j’ai été assez déçu que le style ne soit pas meilleur que celui là. Je vous assure qu’après du Miéville ça parait fade. Le livre est pourtant assez original, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de polars abordés de cette façon là. Donc pour moi, j’ai passé un bon moment, lisez le si vous voulez changer vos habitudes et voir un peu de neuf, mais attention aux geeks qui pourraient être vraiment agacés à certains moments !
Les Scarifiés de China Miéville
20/02/10
Les Scarifiés a été défini comme un one-shot, mais l’on pourrait très bien considéré que ce roman est la suite de Perdido Street Station, car ces trois romans se passent dans le même univers – celui créé par China Miéville : Bas-lag - et surtout, à la même époque. Je conseillerais donc à ceux qui veulent lire les Scarifiés de commencer par Perdido Street Station.
Miéville ne revient pas sur les races déjà décrites dans Perdido, les Cactacés et autres Khépri apparaissent donc sans la moindre petite description, qui pourraient d’ailleurs paraître rébarbatives aux lecteurs de Perdido. Les autres pourraient se perdre au fil du récit. On retrouve aussi quelques petites références à Perdido et à ses personnages, mais qui sont quand même assez loin du fil conducteur. Mis à part cela, il est tout à fait possible de le lire en premier, les lieux et l’intrigue étant tout à fait différents.
On retrouve donc l’univers monstrueusement gigantesque de Bas-lag. Là où les romans précédents ne nous présentaient qu’une ville-état de ce monde, déjà bien assez vaste et hétéroclite pour qu’on s’y consacre autant de temps, Les Scarifiés nous présente le reste de ce monde, et plus particulièrement les mers et océans. On découvre donc de nouvelles races, toutes plus bizarres les unes que les autres, telles que les Cray ou les Anophilius, des végétariens lorsqu’il s’agit de mâles, ou des moustiques assoiffées de sang lorsqu’il s’agit de femelles, femelles qui donnent véritablement la nausée et la peur au ventre, ou encore des plus classiques, telles que les Vampères. On en apprend aussi plus sur la recréation. On « assiste » en effet carrément à une opération sur un sujet consentant cette fois, et c’est vraiment réussi.
Toutes ces nouveautés sont très intéressantes, mais ne sont rien comparés au sujet principal de ce livre : Armada.
Armada est une ville, mais une ville très originale, car c’est en fait… une armada de bateaux. Imaginez une ville composés de centaines d’immenses bateaux, reliés les uns aux autres au moyen de cordes et de passerelles, et sur lesquels vous pouvez circuler comme bon vous semble. Imaginez cela, à très grande échelle, sur plus de deux kilomètres de circonférence. Imaginez la, composée de bateaux usines, de bateaux jardins dans lesquels vous pouvez vous promener, de bateaux consacrés à l’élevage, possédant sa propre industrie, sa propre monnaie, sa propre économie, et survivant grâce au marchandage et à la piraterie, complètement mobile grâce aux centaines de bateaux qui la tirent à une vitesse infiniment petite, dérisoire. Imaginez la comme cela et vous aurez dans la tête une infime partie de ce qu’est Armada.
Armada, c’est grand. Le chaos qui y règne est immense, entre les bateaux qui s’entrechoquent incessamment, ceux qui s’agglutinent dans le cercle d’influence d’Armada, et le bruit des moteurs des autres qui tirent la ville afin d’éviter les intempéries et l’amener vers des eaux clémentes.
Cette ville se veut égalitaire, les Recréés ainsi que tous les autres sont recueillis à bras ouvert, prêt à recommencer une nouvelle vie. Car Armada fonctionne bizarrement, ce ne sont pas les habitants qui choisissent d’habiter à Armada, la ville entretenant une sorte de mystère et de légende à son égard, afin d’éviter les nombreux ennemis et jaloux, mais Armada elle même qui au gré de ses pillages et abordages, accueille à son bord de nouveaux habitants, immédiatement intégrés. C’est donc une ville avec encore plus de mélanges que Nouvelle-Crobuzon, encore plus de langues, encore plus de croyances, qui s’assemblent pour ne former plus qu’un ensemble, celui d’Armada. La ville est elle-même composé de plusieurs districts, qui ont chacun leurs propres lois et leur propre police, et qui s’affrontent en un bras de fer gigantesque pour le contrôle de la ville.
Il m’est impossible de décrire correctement Armada, seul China Miéville peut le faire, et comme il nous l’avait montré avec Nouvelle-Crobuzon, il le fait énormément bien ! On retrouve ses longues descriptions, très intéressantes, sur tout ce que voit Bellis, le personnage principal de ce livre.
Pas d’héros ou d’héroïne à proprement parler dans ce livre. Seulement une poignée de personnages principaux qui font se démènent soit pour se construire une nouvelle vie à Armada, soit pour tenter de retourner à leur ancienne.
Bellis est dans le second cas. Elle fuit Nouvelle-Crobuzon sur le Terpsichoria, un bateau appartement à l’armée de Nouvelle-Crobuzon, en qualité de linguiste, pour des raisons inconnues au départ dans l’espoir de pouvoir y retourner quelques mois plus tard. Malheureusement pour elle, elle tombe sur un escadron d’Armada qui les amène elle et les autres passagers.
Parmi eux, Shekel, un jeune mousse, ancien garçon des rues, qui se noue d’amitié avec un recréé du nom de Tanneur Sacq.
Mais revenons à Bellis donc, qui incarnera vraiment LE personnage principal, autour de laquelle les évènements importants vont se passer.
Bellis est une linguiste, froide et hautaine, elle ne m’est pas apparue favorablement au départ. Je la trouvais lâche, elle obligée à fuir pour des raisons qu’elle n’osait confier, se permettait de juger les autres passagers qui partaient, et certainement, fuyaient comme elle. Je ne l’aimais pas beaucoup, c’était une femme solitaire qui broyait du noir à longueur de journée, pas aimable pour un sou, même avec les personnes les plus avenantes… Bref, une acariâtre en or. Malgré tous ses défauts, on finit par s’attacher à elle et ses réactions énervantes et sa mauvaise humeur quotidienne. En dehors de cela, elle n’est pas exceptionnelle, ses seuls talents sont ses talents de linguiste, qui lui permettent d’apprendre rapidement des langues, et grâce auxquels elle va se retrouver embarquée dans la fabuleuse quête des Amants, les dirigeants d’Aiguillau, un district d’Armada, celui dans lequel seront accueillis Bellis et les autres passagers du Terpsichoria.
Les Amants sont deux, l’Amant, et l’Amante. Ce sont les Scarifiés, leur visage et leur corps tout entier sont couverts de cicatrice. Chaque cicatrice de l’un est reproduite exactement sur le corps de l’autre, dans une réplique parfaite. Bellis ne cache pas sa répulsion devant ce « barbarisme », qu’ils pratiquent soi-disant par passion. Ils sont deux mais ils sont qu’un, pour eux, ils forment une âme entière, séparée dans deux corps différents. Ils ont de grands projets, fous, pour Armada. Ces deux personnages sont surprotégées par Uther Dol, leur garde du corps.
Uther Dol est un personnage intéressant malgré toutes les qualités qu’il a, et qui font de lui quelqu’un d’un peu trop surpuissant peut-être. Il est en effet maître de toutes les formes de combat qu’il a rencontrées. Il est de plus très intelligent, et un thaumaturge (pour ceux qui ne le savent pas, c’est la « magie » du monde de Bas-lag, qu’il faudrait plus considérer comme une science) assez puissant. Au départ, ce n’est qu’un personnage tout le temps dans l’ombre des amants, mais comme tous, il va prendre de l’importance au fur et à mesure.
Tous ces personnages sont engagés dans un bras de fer où tous participent, chacun essayant d’atteindre ses objectifs en manipulant les autres. C’est impressionnant et on ne voit vraiment rien venir. J’ai été étonné de ma propre crédulité et stupidité. On se demande vraiment comment on n’a pas pu venir voir le coup, mais c’est tellement ficelé avec talent que l’on est obligé de passer à coté.
Cela se confirme donc, je ne peux qu’être ébloui par ce très cher monsieur Miéville et je vais m’empresser de commander le livre suivant, Le Concile de Fer, car c’est vraiment un auteur étonnant qui, avec les Scarifiés, ne fait que confirmer son énorme talent et son imagination débordante.
Je regrette de ne pas pouvoir en dire plus, je ne voudrais pas spoiler les potentiels futurs lecteurs, et j’ai déjà l’impression d’en avoir trop dit, si c’est le cas, vous m’en voyez désolé. En tout cas, si vous avez aimé Perdido Street Station, n’hésitez pas, ce livre suit sa lignée avec, pour moi, une histoire plus riche encore, car elle vient compléter celle de Perdido, et une intrigue encore plus originale !
Les eBooks
12/02/10
Après avoir lu un article sur le prix généralement exagéré des eBooks, je me permets de donner mon avis sur un sujet assez délicat, en essayant d’adopter le point de vue lecteur et éditeur.
Les eBooks, pour ceux qui ne le savent pas et qui préfèrent en avoir une définition vulgarisée, sont aussi appelés livres électroniques. En gros, ce sont des écrits directement téléchargeables sur Internet, que l’on lit soit directement depuis son ordinateur, soit depuis un reader, dont le marché se développe ces temps-ci.
Ceux qui ont l’habitude d’acheter de la musique en ligne, que ce soit sur l’iTunes Store ou sur d’autres sites proposant le même service, voient directement les avantages d’un tel système, mais je vais quand même les détailler pour les autres.
- Premièrement, les coûts d’édition sont réduits. Il n’y a pratiquement besoin que d’un correcteur, et d’un traducteur si l’on souhaite éditer un livre étranger. A la poubelle donc les imprimeurs et libraires.
- Deuxième point qui résulte du premier. Tout le monde peut proposer son livre, du moment qu’il en a écrit un. Mais est-ce vraiment un avantage ? Est-ce que le fait qu’il n’y ait plus de tri dans la sélection des livres qui vont être édités ne va pas noyer les livres qui mériteraient le plus d’être lus ?
- Troisième point, l’acheteur n’a pas à se déplacer pour acheter ses livres. Oui, c’est un motif de flemmard mais je n’y peux rien.
- Aucun problème de stock et de réédition, les eBooks sont distribuables à l’infini.
- Dernier point, mais non pas le moindre, le lecteur n’a pas à se soucier d’abimer ses livres, de les mouiller, etc. Son seul soucis est le fait qu’il puisse supprimer ses livres à tout moment. Mais il peut tout à fait en faire une sauvegarde.
Mais voilà, malgré ces gros avantages, qui, on ne peut le nier, sont plutôt alléchants, le reste ne suit pas. Parlons tout d’abord du prix. Vous vous imagineriez, comme moi, des prix avoisinant les 4€, voire moins, par unité, car il faut savoir que sur les 20€ d’un livre grand format, l’éditeur, l’état ainsi que l’imprimeur (et pourquoi pas le distributeur), prennent leur marge. Or, les prix sont parfois seulement inférieurs à 10% du livre physique ! A ce prix là, autant acheter la version papier, qu’on en ait au moins pour notre argent !
Les readers, elles, ne font pas non plus le poids. Si je prends le reader d’Amazon, le Kindle donc, est vendu à 259$. Vous imaginez vous investir dans un Kindle à 259$, pour pouvoir y lire des livres que vous achetez presque au même prix qu’un livre normal ? Ce ne serait pas rentable du tout.
Ensuite, il y a l’offre. En Anglais, cela peut encore aller, mais en Français, je n’ai rien trouvé ou presque. Quelques sites par ci par là, mais pas plus.
Pourquoi ça freine ?
Cela freine à cause de plusieurs acteurs : Les libraires, qui en auraient presque peur, les éditeurs, et certains lecteurs.
- Les libraires n’en veulent pas, c’est clair et net. En effet, quels sont les avantages pour ces commerçants qui souvent ont déjà bien du mal à tenir en vendant leurs livres ? Il n’y en a aucun, que des inconvénients, et si l’eBook se développe, nul doute qu’il sera la cause de nombreuses fermetures de librairies.
- Les éditeurs sont réticents pour plusieurs raisons : Tout d’abord, ils ne veulent pas voir apparaitre le même piratage à haute dose qu’il y a dans le marché de la musique ou des films. Ils en ont peur aussi, et c’est facilement compréhensible. Maintenant, l’évolution est, je pense, tellement inévitable avec le prochain nouvel acteur du marché (iPad), qu’ils seront bien obligés de faire avec si ils ne veulent pas se faire engloutir. Les éditeurs sont aussi généralement des passionnés de lecture ou d’écriture, et pour ces raisons, ils ont un attachement particulier aux livres papiers et auront du mal à s’en défaire.
- Les lecteurs, et ce sont surtout eux le problème je pense. Certains lecteurs n’ont pas envie de quitter le papier, ils aiment la sensation qu’il y a à tourner les pages, et ne voient pas l’intérêt de lire s’ils doivent le faire sur un écran. Il y a un autre paramètre à prendre en compte, l’écran fatigue l’œil beaucoup plus vite que le papier, et il faut investir dans un bon reader pour éviter légèrement ce désagrément.
Il est donc évident que les trois catégories doivent évoluer si le marché de l’eBook veut évoluer, l’un sans l’autre, cela ne marchera pas, il y en aura forcément un des deux qui se cassera la gueule.
Et pour le futur ?
Le nombre de readers évolue de façon exponentielle, ce qui prouve qu’il y a un marché certain de ce coté, maintenant, à quelle vitesse va t-il évoluer, mais surtout, comment ? Le principal acteur pour l’instant est le Kindle, mais l’iPad risque fort de chambouler l’ordre des choses, car ce reader qui en fait est une tablette tactile dotée de plusieurs fonctions dont la possibilité de lire des eBooks.
Avec la sortie de l’Apple iPad, a été annoncée l’ouverture d’un iBook Store. Si quelqu’un a les moyens de révolutionner ce marché, c’est bien Apple, qui l’a prouvé avec celui de la musique. Il n’y a qu’une seule façon de convaincre les lecteurs de se convertir au eBook, et c’est de baisser les prix. Je me suis donc « amusé » à calculer simplement la somme économisée si les eBooks sont vendus à 4€ en moyenne, lorsque l’on lit environ 35 livres par an et que l’on a fait l’acquisition d’un Kindle à 259€, sur une période de 5 ans. Je suppose que le lecteur achetait des livres papiers à 15€.
Avec des eBook, on a donc : prix du Kindle + (prix ebook x nombre ebooks) x nombre années = 259 + (4 x 35) x 5 = 959€.
Avec des livres papiers : (prix des livres x nombre de livres) x nombre années = (15 x 35) x 5 = 2625€.
Imaginez deux personnes. La première achète des livres papiers, la seconde achète des eBooks. La seconde personne paiera plus au début, c’est vrai, mais au bout de six mois, son reader sera amorti et il aura investi moins d’argent dans les livres que la première.
Il faudra donc encore attendre pour se fixer sur le sort des eBooks. Personnellement, je compte tenter, mais il me faut trouver un reader, car je n’ai pas vraiment envie d’investir dans une de ces machines si je trouve cela désagréable et que j’ai envie de retourner aux valeurs essaentielles. Car je fais partie des lecteurs qui aiment le papier, l’odeur des livres neufs ou vieux, etc…
Je serais beaucoup plus tenté par l’encre électronique, sur une feuille toute simple, qui offrirait les mêmes sensations que le vrai papier (à part qu’il n’y a toujours pas la couverture, la sensation de tourner les pages etc…). A voir donc !
Et vous, que pensez vous des eBooks, avez-vous envie d’essayer ?
![dechronologue_couv[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/dechronologue_couv1-219x300.jpg)
![immortel_traci_l_slatton[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/immortel_traci_l_slatton1.jpg)
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