Leçons du monde fluctuant est un véritable coup de cœur. Je voulais seulement lire un livre de cet auteur avant les Utopiales et je n’avais jamais entendu parler de ce livre auparavant, ce qui fait que je n’en attendais presque rien. Et bien, j’ai été vraiment très agréablement surpris.
Comme on le comprend, ce livre parle de Lewis Carroll, l’auteur d’Alice au pays des Merveilles, le conte pour enfants. Et ce livre est étonnant. On suit deux personnages, Dodgson donc, personnage fidèle à Lewis Carroll : intelligent, bégayant, et passionné par les petites filles, attiré par leur pureté et leur innocence. Cette attirance commence à être connue à New Oxford, où il vit, et d’où il n’est presque jamais parti, et on le contraint donc à s’exiler dans une des colonies Anglaises : Novascholastica. Le deuxième personnage que nous suivons est Kematia, une indigène qui vivait à Novascholastica et qui est morte à cause d’un rituel qui a mal tourné. Oui, on suit ce personnage après sa mort, car dans le monde de Noirez, les morts poursuivent leur existence dans des espaces qui leur sont réservés.

Couverture de Leçons du monde fluctuant
Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est l’humour, qui est constamment présent. J’ai ri du début à la fin, ce que je ne pensais pas possible. La littérature adulte peut être drôle et quand on est habitué à lire des livres où les personnages sont principalement dépressifs, ça fait du bien.
Les laralis soulevèrent leurs paupières. Les femelles grognèrent et les mâles s’étirèrent en bâillant. Ils avaient le ventre plein de crapauds, un faon pourrissait sur les racines de leur arbre (il serait à point d’ici une semaine), et ils ne tenaient pas à dépenser leur énergie en s’attaquant à de grosses proies.
Ils changèrent toutefois d’avis quand Chister commença à les bombarder de cailloux.
On suit donc un personnage qui vit dans un monde plus ou moins rationnel, Dodgson, ce qui n’empêche pas l’humour d’être omniprésent grâce aux personnages, tous hauts en couleurs et représentatifs de l’époque victorienne, et particulièrement le dénommé Renwick, un homme dont le métier consiste à régler les problèmes existants dans les royaumes des morts et qui méprise le monde entier. On rit de tout, c’est parfois très noir, comme lorsque les personnages se permettent des réflexions sur l’attirance qu’a Dodgson envers les fillettes, mais c’est vraiment très drôle.
Sa tête dodelina comme un ballon secoué par la main d’un enfant, il poussa un couinement savoureux, et rendit l’âme.
« Tout va bien, professeur Salmons ? », s’enquit Renwick depuis la fenêtre du grenier.
Il n’obtint pas de réponse.
Tout allait bien, donc.
Et ensuite, on suit un personnage qui « vit » dans un monde complètement loufoque, et où l’ambiance ressemble vaguement à celle présente dans Alice au pays des merveilles. C’est un Alice au Pays des merveilles plus évolué, car là où le conte est un conte pour enfants, ce roman est pour adultes, et c’est donc beaucoup plus recherché. Noirez prend ce qui se passe dans Alice au pays des merveilles pour les expliquer, à sa manière. On apprend ainsi que le lapin toujours pressé que l’on connait dans Alice au pays des merveilles serait en fait un lapin toxicomane auquel on a donné une montre et qui se plait à s’inventer des rendez-vous.
«Dis-moi, chasseur, demanda soudainement le lapin, les cartouches, là… Il y a une poudre dedans, n’est-ce pas ?
— De la poudre noire, c’est exact.»
Les dents du lapin s’entrechoquèrent.
«De la poudre… Veux-tu m’en donner une ? Ou peut-être deux ?
— Tu veux faire quoi avec des cartouches ? Jouer au lapin chasseur ?»
[...]
Le lapin poussa fébrilement les billes de plomb qu’il jugeait trop grosses puis il enfonça sa truffe dans la poudre et prit une large inspiration.
«Mon dieu ! Tu es fou ! Ça ne se prise pas !
— Ça se prise ! La preuve ! s’exclama l’olukos avant d’éternuer un peu de sang. Mmmmm… C’est même… mmmmm… bon ! Kilampu ne m’avait pas fait goûter de cette poudre-là… Finalement je ne suis pas mécontent de vous avoir rencontrés.»
Bref, c’est vraiment ce qui m’a plu dans ce livre, l’humour, l’humour et toujours l’humour. C’est un Alice au pays des Merveilles pour adultes, et en cela, c’est tout à fait réussi. Si vous ne vous rappelez plus que la lecture peut aussi être un moment de détente et seulement de détente, lisez ce livre, et vous comprendrez. La lecture de ce roman est un plaisir du début à la fin, car quelque soit le sujet que l’auteur aborde, que ce soit l’époque victorienne et ses préjugés racistes ou encore la pédophilie, il y a toujours de l’humour et de l’absurde afin qu’il passe facilement.
Chister s’amusa à écraser des crapauds, provoquant les réprimandes pédagogiques de Dodgson qui essaya, sans le moindre succès, de sensibiliser l’idiot au respect de la vie animale. Ce à quoi Chister objecta que ce n’étaient pas des animaux, mais juste des crapauds.
Je ne peux donc que vous conseiller ce livre, en tout cas, je sais que je vais m’intéresser à cet auteur ! C’était vraiment une lecture agréable comme je n’en avais pas connu depuis un moment, je n’étais plus habitué à rire en lisant.

2007
Adulte
Leçons du monde fluctuant
Liste des livres
Vu qu’il traine chez moi je n’ai pas lu ton billet, mais j’ai bien compris que t’avais aimé
Je me suis enfin acheté Alice de l’autre côté du miroir, et vu que j’ai envie de découvrir ce bouquin après avoir lu ce Carroll, je vais m’intéresser à Noirez via son Diapason des mots et des misères. C’est pas pour dire, mais cet auteur m’attire de plus en plus, ses bouquins m’hypnotiseraient presque quand je passe devant ma bibli.
[...] Contact « Leçons du monde fluctuant de Jérôme Noirez [...]
[...] autant d’émotions de cette façon, et je l’ai déjà dit dans mon article sur Leçons du Monde fluctuant, avec Noirez, je sais pourquoi j’aime lire et pourquoi je préfère le format livre aux [...]
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