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Le Diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez

15/12/2010
Année :
Img 2009
Editeur :
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Public :
Img Adulte
Titre :
Img Le Diapason des mots et des misères

Au diapason des mots et des misères, l’existence dissone, le silence a un écho, la folie tient la baguette, le désir grelotte, les morts pourrissent au grand air, les araignées se mêlent de téléphonie, les enfants sont au supplice, la nostalgie est une atrocité, et tes aïeux te font payer le simple fait d’être né.

Ce diapason, tu ne t’accorderas jamais avec lui. Tu ne l’étoufferas pas non plus entre tes doigts. La musique qu’il désordonne n’a ni début ni fin. Tu n’as plus qu’à t’asseoir et à écouter. Avec un peu de chance, peut-être que tu deviendras sourd.

Couverture du recueil

Diapason : Note de référence dont on se sert pour accorder un instrument ou des voix.
Source : L’internaute

Le diapason des mots et des misères est un recueil de sons, d’images, de sentiments, souvent contradictoires. C’est un recueil qui donne la nausée, mais c’est une nausée dont on ne peut pas se passer, qu’on aime avoir. C’est de l’horrible raconté avec beauté, le beau mélangé au laid, un mélange de sons contraires qui fusionnent pour former une musique parfaitement rythmée : Le diapason des mots et des misères.

Mais plus il en vient, plus il y en a, et plus les sons se dissolvent dans une sorte d’indifférence grise, détimbrée. Ras bords… À la fin, une corde unique, une note unique. Assis sur mon lit, le fil entre mes genoux, je m’écoute la chanter. En définitive, c’est comme du silence.
Le diapason des mots et des misères.
C’est moi.

C’est du banal raconté avec style, l’intérêt même des nouvelles ne résidant souvent pas dans ce qui est raconté, mais dans la façon dont c’est raconté. Car oui, le diapason, c’est du style pur, couché sur le papier. Ce sont des images qui nous donnent envie de fermer les yeux et de les laisser ouvert, de boucher nos oreilles sans toutefois filtrer tous les sons qui y parviennent. Lire le diapason, c’est avaler de la bile et aimer ça, mais prétendre avoir détesté pour ne pas avoir l’air malsain.

Du plat de sa main gauche, il soulève sa verge, et ses doigts poussent ses bourses vers l’avant. Ses testicules ont pris une couleur de figue mûre. Déjà, ils ne lui appartiennent plus. Les fruits du diable ! Il place le tranchant du rasoir sous le garrot de cuir.
[…]
 » Tranche !  »
Un geste. Rien de plus. Ni emphase ni labeur. La lame glisse contre le garrot.
Et ça tombe dans la paille. Presque pas de sang. La douleur, elle, ce n’est pas une douleur, plutôt un vertige, quelque chose qui saisit le corps tout entier, l’emporte.

Car les nouvelles sont vraiment terribles, ce recueil est un réel concentré des horreurs que l’on peut rencontrer sur notre planète. On y trouve vraiment de tout, la pauvreté, le fanatisme, ce que l’on pourrait appeler la recherche de la déchéance, bien que ce soit seulement une autre philosophie de vie, la pédophilie, encore une fois, longuement et bizarrement abordée dans une des nouvelles, et très brièvement dans un des contes pour enfants morts-nés, ou encore la schizophrénie… Tout cela abordé d’une façon dérangeante et pénétrante, qui nous parle. Comme une voix qui murmure à l’oreille des mots indécents.

Dans l’attente, Ayoko ajuste son souffle, car elle souhaite que la balle la frappe à la fin d’une expiration, pour qu’aucun bruit incongru ne retentisse dans son trépas, un hoquet disgracieux lorsque l’air se bloque dans la trachée, une flatulence quand un poumon percé se dégonfle en bavant de grosse bulles rosées.

Toutefois, les histoires racontées ne sont pas proprement le plus intéressant en elles-même, à vrai dire, il ne s’y passe pas grand-chose, l’action n’est pas ce que nous propose Noirez. Les nouvelles ne prennent d’intérêt que dans leur tout, chaque mot, chaque expression et chaque phrase comptent.

Ayako est seule, seule avec la mort injuste, dans les grumeaux d’ombre d’un pas meublé pas tout à fait sordide, mais bien misérable néanmoins. Ça a beau parler, bruire, tambouriner, de tous côtés, chanter autour d’elle, ça a beau posséder les apparences de la vie, c’est juste le bruit blanc de la solitude.

Mais tout cela ne va pas seul, sinon, il ne nous resterait plus qu’à prendre des cachets et à mourir. Noirez allie l’humour à ses nouvelles, l’entrelace avec perfection à l’intérieur. Cet humour particulier, toujours très noir, donne une nouvelle dimension aux nouvelles, une autre couleur, en demi-teinte. Elle nous font pleurer et nous font rire en même temps, et on s’étonne de réagir de la sorte.

Et puis y’a pas mort d’homme, malgré les apparences… Bon… elle est mignonne, cette Fanny… C’est vrai, j’ai constaté… Alors, entre deux battues, entre deux dictées de notes, bon… Un petit nichons, un petit cul, la main s’égare. On peut être prof de solfège, mais pas moins homme, c’est vrai… Je comprends… Je vais te dire, la fille de Tignard, celle qui redouble sa quatrième parce que la moitié de ses profs sont morts, ce qui fait que les cours, c’est plutôt pour les asticots. Bon… Gisselaine, elle s’appelle Gisselaine, deux trois fois, ma pauvre main a frôlé le fruit interdit… De l’attouchement subliminal pour ainsi dire… Toi, faut avouer, t’as abusé pour de vrai. On a la déposition ! Petit père, c’est pas dans l’egarement d’une chaude nuit d’été… C’est toutes les semaines depuis six mois. Bon… Elle dit qu’elle était consentante, mais tu sais bien que ça, c’est du vent. Va falloir t’expliquer, sérieusement, et t’appliquer, bien en rythme, staccato… En attendant, l’histoire avec Gisselaine, ça reste entre nous, hein ?

J’ai rarement vu un livre éveiller autant d’émotions de cette façon, et je l’ai déjà dit dans mon article sur Leçons du Monde fluctuant, avec Noirez, je sais pourquoi j’aime lire et pourquoi je préfère le format livre aux autres. C’est exactement pour vivre ce genre de sensations que je lis, et Noirez arrive à me donner ce plaisir que j’attends de la lecture. C’est réellement l’auteur que j’ai découvert cette année que je compte le plus découvrir. Je suis donc content d’avoir fait dédicacer ce livre aux Utopiales, c’est vraiment à lire, et je pense ne pas me tromper (de toute façon Catherine Dufour le dit dans la postface) en disant que dans le Diapason, on retrouve du concentré de tout ce dont est capable Noirez, et ça donne envie !

Ma dédicace :D

Ahah!!! Une question me turlupine, toi qui a l’air d’avoir lu pas mal des livres de Noirez, lequel conseille tu en première lecture??
Féerie pour les ténèbres? Le diapason? leçon du monde fluctuant..?

Je n’ai pas lu féérie pour les ténèbres, chose à laquelle je vais bien sûr remédier dans peu de temps, mais Ryuuchan l’a lu et elle a carrément adoré !
Je te conseillerais donc de lire Leçons du monde fluctuant, car c’est un one-shot, et si tu n’adhères pas au style de l’auteur, tu ne te sentiras pas obligé de finir la série qu’est Féérie pour les ténèbres. ;)

Ouki, merci bien. Je vais tacher d’aller faire quelques courses de livres prochainement! ;-)

[...] j’entends parler depuis pas mal de temps, puisqu’elle a notamment écrit la postface du Diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez. C’est Ryuuchan qui, aux dernières Utopiales, m’avait encouragé à [...]

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