La nuit des temps est un roman de René Barjavel, auteur français de science-fiction renommé que je découvre dans cette première lecture, j’en avais beaucoup entendu parler, et j’avais notamment entendu dire que son oeuvre avait vieilli avec le temps. Que dire à part que je ne l’ai pas du tout ressenti ?
Tout commence et tout finit en Antarctique, où une exploration française découvre les traces d’une émission radio sous la glace. Débute alors une mission scientifique à la découverte du mystère. Ce qui n’était qu’une émission radio va se transformer rapidement en une aventure tenant en haleine le monde entier et remettant en cause toutes leurs croyances. Car l’on découvre des corps sous la glace, un homme et une femme, impeccablement conservés par une technologie supérieure à celle existante depuis des millions d’années. Ces deux personnes, par le récit de la femme que l’on décidera de réveiller en première et par le symbole qu’ils incarnent, vont bouleverser à jamais le monde.
La chaleur qui monte du trou fait ruisseler leurs visages.
L’écran est un écran pliable, accroché sous un parasol au bord d’une piscine à Miami. Un gros homme congestionné, vêtu d’un bikini minimum, allongé sur une balancelle au souffle d’un ventilateur, soupire et se passe sur la poitrine une serviette éponge. Il trouve qu’il est inhumain de montrer un tel spectacle à quelqu’un qui a déjà si chaud.
La première chose que l’on remarque lorsqu’on commence à lire ce livre, c’est que c’est beau. Barjavel a un style bien à lui, très imagé et poétique, et surtout très agréable à lire et qui s’accorde parfaitement avec l’histoire racontée. Je m’attendais à des évènements inexplicables et à des scientifiques se heurtant à des problèmes irrationnels, mais j’ai été étonné, car on passe d’une science-fiction sympathique dans notre monde, à, par à coups, une fantasy classique. Ça reste de la science-fiction, mais on a l’impression de lire de la fantasy, car on nous raconte une histoire se passant des millions d’années plus tôt, lorsque les deux corps découverts vivaient encore. Toujours accompagnés de ce style agréable, nous voyageons chez ce qui seraient nos ancêtres. Nous nous sommes toujours accordés sur le fait que nous étions à l’ère la plus évoluée de notre espère, mais Barjavel nous propose une fiction, belle et cruelle : et si toute la civilisation humaine, après s’être élevée très haut, plus haut encore que les humains vivant au 20ème siècle, avaient subi une catastrophe qui les avaient fait revenir à leur plus simple appareil ?
Tu avais compris. Comment était-ce possible ? Je n’avais pas compté, personne de nous ne comptait avec les facultés exceptionnelles de ton intelligence. Nous nous croyons à la pointe du progrès humain, nous sommes les plus évolués ! les plus affûtés ! les plus capables ! le brillant résultat extrême de l’évolution. Après nous, il y aura peut-être, il y aura sans doute mieux, mais avant nous, voyons, ce n’est pas possible ! Malgré toutes les réalisations de Gondawa que tu nous avait montrées, il ne pouvait pas nous venir à l’esprit que vous nous fussiez supérieurs. Votre réussite ne pouvait être qu’accidentelle. Vous nous étiez inférieurs puisque vous étiez avant.
Barjavel signe là une oeuvre originale qui s’inscrit dans une volonté de mettre en garde contre la technologie et qui essaie d’inciter à l’écologie. On aborde également la médiatisation et la mondialisation, et les contraintes qu’elles apportent, la barrière de la langue… Mais j’ai préféré tout simplement prendre ça comme une jolie histoire, très bien racontée, souvent triste, mais aussi joyeuse, qui aborde beaucoup de points, pas forcément importants ni même intéressants, mais toujours dans l’intérêt de l’histoire, qui l’embellissent à leur tour. L’amour, la haine, tous les sentiments sont présents, tout en restant éloignés du classique. C’est simple, sans être classique.
J’ai fait venir des roses.
Tu as cru que cela aussi nous le mangions…
Sans artifice et d’une beauté poétique, ce roman permet de réellement rêver, que ce soit sur le monde, sur l’homme ou sur ce qui se trouve au-delà. Il nous incite à renier toutes les certitudes scientifiques que nous avons car elles entravent notre imagination, et à les remplacer par d’autres pour un temps du moins, le temps de s’évader.

1968
Adulte
La nuit des temps





Liste des livres