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Enfin la nuit de Camille Leboulanger

19/08/2011
Année :
Img 2011
Editeur :
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Titre :
Img Enfin la nuit
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Camille Leboulanger est un jeune auteur français de 20 ans qui signe avec Enfin la Nuit son premier roman, aux éditions L’Atalante. Ce n’est toutefois pas sa première publication puisqu’il est l’auteur d’une nouvelle parue dans Ceux qui nous veulent du bien, 72 ans, et dont j’avais rapidement parlé dans mon avis, car elle m’avait pour ma part convaincu, même si d’autres en avaient eu un avis assez mitigé voire carrément négatif.

Couverture d'Enfin la Nuit chez l'Atalante

Couverture d'Enfin la Nuit chez l'Atalante

Alors, qu’en est il de ce roman ?

Le résultat est assez inégal. Il y a des passages tout bonnement géniaux qui nous prennent aux tripes, et d’autres simplement passables, comme si l’auteur avait tout donné à un moment puis, fatigué, s’était laissé aller. Ça se voit dès le début du roman, si bien que même si l’on ne sait pas que ce livre est le premier roman de l’auteur, je pense que le lecteur s’en doute forcément. Quelques répétitions, quelques maladresses, dues à un évident manque de pratique, ne font que renforcer cela. Il mélange les styles, passant d’un narrateur omniscient à un narrateur externe dans le même paragraphe, ce qui est très troublant et pas forcément plaisant. Cependant, ce n’est pas mal écrit du tout. Des phrases et des dialogues courts qui m’ont frustrés au début, car je suis un grand amateur de longues réflexions, que ce soit en pensée ou lors d’un échange entre deux personnages.

À bien y repenser, Sophie n’était pas une vraie beauté. Rien de remarquable, en tout cas. Le nez un peu trop anguleux et le front un peu trop large. Elle tenait sa cigarette de la façon un peu maniérée des gens qui savent qu’ils feraient mieux de ne pas fumer mais fument quand même, pour l’image. Par habitude, aussi. Je me demandai vaguement sur le moment si l’on pouvait tomber amoureux d’une telle femme. Peut-être les yeux. Les yeux avaient quelque chose. Quelque chose d’autre que du mascara coulé tout autour, bien sûr. Quelque chose de plus profond.

Et pourtant, au fur et à mesure que j’avançais, j’ai trouvé que cela servait à merveille l’histoire et surtout l’ambiance qui y régnait. Une grande catastrophe est survenue, il n’y a aucun moyen de savoir ce qui s’est passé, on s’imaginerait que les personnages établiraient des centaines d’hypothèses concernant cette lumière qui envahit le ciel à toute heure du jour et de la nuit. Et pourtant, paradoxalement, les survivants ne cherchent pas à savoir ce qu’il s’est passé. D’ailleurs, on peut se demander en quoi cette catastrophe, qui n’est juste qu’une journée perpétuelle, a pu être la cause d’autant de morts,  mais personnellement j’ai réussi à passer outre cet illogisme, car j’ai compris que l’auteur avait besoin de certaines conditions pour dire ce qu’il avait à dire, et même s’il aurait été préférable d’avoir quelque chose de logique, ça ne m’a pas vraiment embêté. La lumière est là, c’est tout ce qui importe, et les personnages ne ressentent pas vraiment le besoin d’en parler, tout simplement parce qu’en parler ne changera rien. Camille Leboulanger écrit utile. Si bien que rien n’est lourd dans son roman, puisque tout s’enchaîne très vite. Alors que l’on s’attendrait à ce que personne ne sache quoi faire et donc à ce que personne ne fasse rien, les personnages marchent, sans aucun but réel, rien que celui de marcher, de se mettre en mouvement dans un monde où l’on ne remarque même plus le mouvement du soleil. Comme pour continuer sa course à sa place en quelque sorte. Ils marchent vers le Sud, mais j’aurais trouvé ça beau s’ils avaient décidé de prendre vers l’Ouest.

Dans le couloir, il appelle : « Anna ? » il plaisantait, avant, quand il faisait encore nuit, sur le fait qu’elle devait être quelqu’un de parfaitement équilibré, avec un prénom pareil. Les mauvaises langues disaient que c’était une femme que l’on peut prendre dans les deux sens.

L’ambiance est donc assez noire, mais on est en même temps assez détachés de tout ça, parce que même s’il est fait mention des cadavres bordant les routes, les personnages oublient ces cadavres dans les minutes qui suivent. Ce n’est pas qu’ils y sont insensibles, c’est comme s’ils ne les voyaient pas vraiment, trop occupés à ne penser à rien. Le sujet principal du livre n’est donc pas vraiment la catastrophe et les différentes manières de survivre, mais plutôt les différentes voies qu’empruntent les différents personnages pour ne pas sombrer dans la folie. Les personnages décident d’oublier leur ancienne vie, la vie d’avant la catastrophe, ils essaient de l’oublier pour ne plus pouvoir y penser, ils essaient d’oublier la nuit et l’ombre, mais également d’oublier qu’il n’y pas de nuit. C’est assez bizarre à la lecture, on ne le comprend pas de suite, et pourtant j’ai trouvé cette approche très originale de la part de l’auteur, et vraiment très bien réalisée. Au lieu d’être plein de regrets et de nostalgie, les personnages sont tout simplement vides, en expectation.

Le corbeau m’a puni. Je lui ai gâché son repas. Il était en train de manger une balle dans la tête. Et une rafale dans le ventre en dessert. Je lui ai gâché son dessert. N’importe qui en uniforme peut-être son propre corbeau. N’importe qui porte sa propre mouette. En parlant de ça, où est ma mouette ? Je l’ai encore perdue ? Ou Maman m’a encore privé de mouette. C’est possible. À seize ans, j’ai cassé la gueule d’un type derrière les gradins d’un stade. Je ne me souviens plus pourquoi. Je lui ai pété le nez, puis ses potes sont arrivés et m’ont foutu par terre. C’est la plus grosse branlée que j’ai prise de toute ma vie. Même du tournoi de boxe de la caserne, je ne suis pas sorti aussi abîmé que ça.

J’ai donc bien aimé lire ce roman, qui au premier abord ne présente rien de vraiment original, et l’on préfèrera à la lecture du résumé un bon Metro 2033 qui a une histoire plus riche et un style plus développé, mais Enfin la Nuit a lui aussi ses propres avantages et se distingue de ses voisins par son approche assez originale.

Des infirmiers zélés lui ont appris deux heures plus tard qu’ils n’avaient comme seule solution que d’amputer. Ce qu’ils ont fait. Sous anesthésie. Une fois revenu à lui, il est parti de l’hôpital, non sans avoir pris le temps de briser le crâne de deux infirmiers à coups de tabouret. Curieusement, son seul bras gauche lui a suffi pour cela.

Je pense que je continuerais à suivre Camille Leboulanger, qui pour moi promet de pondre de vrais chef-d’oeuvres.


Dehors_les_chiens_150

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette

22/04/2011
Année :
Img 2008
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Img Tous
Titre :
Img Dehors les chiens, les infidèles
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Dehors les chiens, les infidèles ! est un titre qui ne laisse pas de marbre. Il exerce sur nous une attraction indescriptible, il nous promet de l’action, du sang, de la violence et de la haine. C’est également un livre qui a été beaucoup promu sur le net, et donc forcément dont j’ai beaucoup entendu parler. Comme je savais que j’allais le lire un jour ou l’autre, je n’ai pas lu beaucoup d’avis, juste le strict minimum pour m’assurer que ce n’était pas une énorme bouse, et même si j’ai vu qu’Olya n’avait pas beaucoup aimé, je ne me suis pas découragé !

L’inquisitrice refoula un sursaut de panique et de leva, son visage plus impénétrable encore que les voies du seigneur.

Finalement, après lecture, je peux dire que je ne m’attendais pas vraiment à cela. Je m’attendais à une grande folie religieuse, une orthodoxie à nous en faire vomir, et finalement, c’est un peu différent, et ça m’a déçu. Parce qu’en réalité, même si on peut critiquer dans notre monde la religion parce qu’aucune preuve n’a été donnée de l’existence d’un quelconque dieu, dans le monde décrit dans Dehors les chiens, les infidèles, cela est carrément impossible, car des miracles arrivent tous les jours. L’existence d’un Dieu n’est pas exactement remise en cause, puisqu’on en a la preuve tous les jours ou presque. Je comprends donc les personnages et leur croyance sans borne, sans hésitation, je comprends donc le fait que la religion soit au centre de tout, qu’elle soit respectée et crainte.

Sur la gauche des deux adolescents, derrière l’entrelacs noir des branches, apparut une lueur blanche. Spérance chercha par réflexe son poignard, constata qu’il n’était pas là – paniqua un peu.
- La lune, chuchota Vaast, l’attirant contre lui.
Le croissant blanc ressemblait à un sourire du Seigneur. Spérance n’avait plus froid du tout.
- Incroyable, murmura-t-elle. Je pensais que c’était juste une blague de Quêteurs.

Cela m’a déçu, parce qu’en un sens, j’aurais préféré que les personnages ne soient guidés que par une foi aveugle, que par un extrémisme religieux qui n’était pas vraiment le leur, mais celui de ceux qui le leur ont enseigné. J’aurais aimé voir décrite une religion du même genre que celle qu’on côtoie tous les jours.

Du coup, je n’ai pas réussi à y voir une réelle critique de la religion existante, parce que les deux même si elles sont similaires, ne peuvent être abordées de la même manière.

Mais, j’ai tout de même aimé ce roman, qui m’a un peu fait penser, sur le principe, à la Horde du contrevent, tous deux parlant d’un groupe de personnes poursuivant une quête religieuse. La différence réside seulement dans le fait que le but poursuivi par les Quêteurs est beaucoup moins abstrait que celui de la Horde, et qu’on comprend leur envie de redonner le jour à un monde plongé constamment dans la nuit. Le problème est que j’avais aimé l’incompréhension dans laquelle nous plongeait Damasio.

- Les Saintes ne meurent pas comme ça, ma pauvre enfant. Les Saintes ne meurent pas discrètement, elles sont auréolées d’or, et quatre anges portant des plumes de paon descendent du ciel pour les emporter, tandis qu’une odeur fleurie se répand et que la musique de Dieu se fait entendre. C’est un fait prouvé. Et tant que le sang des impurs, des infidèles et des anormaux n’aura pas fertilisé le continent entier, nous n’aurons pas gagné. Il ne faut laisser aucun survivant.

Mais l’approche donnée par Mazaurette est tout de même intéressante, l’histoire est pleine d’action, l’Inquisition est réellement effrayante, et c’est le seul aspect rapporté de la religion qui m’ait plu, leur folie divine qui pouvait effrayer même le plus fidèle des croyants…

- Si n’importe quel bâtiment des infidèles brûle, expliqua patiemment Spérance, c’est une bonne chose pour Auristelle et pour la Quête.
- C’est vrai pour les palais, les temples et les commerces, mais pas pour les bibliothèques. Il existe des livres qui transcendent les divisions les plus solides.

Je dirais que ce livre est un bon livre d’action, toutes les émotions, la détermination, et les actes des personnages étant très bien rendus, et rendant bien compte d’une religion omni-présente, mais pour ceux qui cherchent une critique de la religion romancée, je ne pense pas que ce soit ce qu’il vous faut, pour tous les arguments exposés ci-dessus.


dosadi

Dosadi de Frank Herbert

17/04/2011
Année :
Img 1977
Auteur :
Editeur :
Public :
Img Adulte
Titre :
Img Dosadi
Tome :
2
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Dosadi est un livre écrit par Frank Herbert, et même s’il fait partie du Cycle des Saboteurs, il n’est pas nécessaire d’avoir lu le tome précédent afin de lire ce livre, tout simplement parce que l’histoire n’est pas la même. Je n’ai d’ailleurs pas lu le premier tome, cette lecture étant organisée sur le forum Livres Fantastiques et un membre ayant lu les deux tomes nous ayant conseillé le deuxième, le disant plus accessible.

Si vous vous jugez désarmé et inefficace, il ne fait aucun doute que vous allez créer un gouvernement de type despotique pour vous guider. Le despote avisé, par conséquent, a intérêt à entretenir chez ses sujets le sentiment général qu’ils sont désarmés et inefficaces.

C’est une grande lecture, très riche et prenante, et je peux le dire maintenant, j’ai beaucoup aimé. Il est question de plusieurs races, de plusieurs modes de pensées qui se côtoient et essaient de se comprendre, sans y arriver vraiment. En fait, l’histoire tourne surtout autour de l’étude du comportement. Pour cela, les Gowachins (une race existant dans le livre) ont placé sur une planète des humains et des gowachins, et ont placé une protection autour afin qu’ils ne puissent pas la quitter. Cette planète, c’est Dosadi. Des générations après, les voilà encore à étudier le comportement et l’évolution des personnes tentant de survivre dans cette planète hostile sur laquelle il n’y a qu’une seule ville, dans laquelle l’air est respirable, où des millions de personnes s’entassent, et la Bordure, où d’autres millions de personnes essaient de survivre sur des terres arides et inhabitables.

Les Humains, on le sait, furent de tout temps soumis à de multiples contraintes, celles des oligarques, des autocrates ou des ploutocrates, des avides de pouvoir des différentes républiques, des majorités et minorités tyranniques, sans oublier le charme trompeur de la démocratie, des instincts profonds ou des impulsions juvéniles.

Ils se rendent comptent de beaucoup de choses, que je ne vais pas citer ici, il vous faudra le lire pour comprendre, mais je peux dire que même si c’est amené très subtilement, on ne peut pas y passer à côté, tout simplement parce qu’on s’en rend compte nous même. Les espèces, très différentes dans l’univers co-sentient, comme l’appelle Herbert, dès lors qu’elles vivent ensembles sur Dosadi, elles ne sont plus humaines ou gowachins, elle deviennent complètement différentes, elles s’adaptent à leur environnement et deviennent des Dosadis. Nietzsche nous avait parlait des surhumains, Herbert nous en présente d’autres, manipulateurs et toujours en alerte ; dangereux. Si dangereux que les Gowachins qui les étudient en ont peur. Si bien que lorsque les humains découvrent l’existence de cette planète, ils disent préférer la faire exploser plutôt que de permettre à ses habitants de se disperser dans l’univers entier.

Un jour, il y a de cela très longtemps, une majorité tyrannique s’empara du gouvernement. Elle voulait rendre égaux tous les individus. Cela signifiait que personne ne devait surpasser en rien son voisin. L’excellence en toute chose était à prohiber ou à dissimuler. Les tyrans avaient fait tourner leur gouvernement à très grande vitesse, « au nom du peuple ».

Voilà les bases de l’histoire, et c’est déjà très riche. Dès la première page, on doit avaler beaucoup d’informations, de noms, de procédés, on découvre très rapidement la technologie existante, les couloirs Calibans… C’est très rapide, et pourtant, j’ai trouvé que ça passait bien.

Les êtres co-sentients sont inégaux dès la naissance. Le meilleur type de société est celui qui fournit à chacun une chance égale de flotter à son propre niveau.

Si au début, je n’ai pas aimé le personnage principal Jorj X. McKie, car je le trouvais… vieux, reclus dans le passé, dès que l’action a commencé, il s’est complètement transformé, et est devenu un personnage très complexe et très intelligent, qui m’a finalement conquis. Tous les personnages sont extrêmement développés, tous ont leur forme de pensée, des caractéristiques qui leur sont propres, très différents et pourtant si proches… Tous sont adversaires et pourtant se battent pour la même chose, car ce qu’ils cherchent véritablement, c’est de prendre le contrôle des autres.

Être condamné, c’est rester libre car cela fait de vous l’ennemi de tout gouvernement. Je vous connais pour être cet ennemi, McKie.
- Vous me connaissez, approuva McKie.

Mais le talent d’Herbert ne s’exprime pas vraiment sur les personnages en eux-même, mais sur ce qu’ils font et particulièrement sur ce qu’ils disent. Parce qu’en réalité, dans ce livre, la parole est maître. Celui qui la maîtrise vit, celui qui ne la maîtrise pas est condamné à mourir. Herbert arrive, par le biais de longs échanges, souvent des dialogues, à nous faire vibrer, grâce à de nombreux moments forts. On a l’impression d’assister, non pas à un bras de fer ennuyeux, mais à un duel d’épéistes renommés, qui utilisent tout ce qui les entoure pour arriver à la victoire. La lecture nous essouffle et nous prend totalement, il y a de longs passages pendant lesquels se retirer de la lecture est difficile, tellement la suite nous intéresse.

Nul système de justice ne saurait s’exercer équitablement à moins que chacun des participants – magister, procureur, légiste, défenseurs, témoins et autres – n’engage sa vie dans tout litige qui lui est soumis. Tout doit être mis en jeu dans la judicarène. Si un seul élément demeure en dehors du conflit et à l’abri de tout risque personnel, la justice est inévitablement compromise.

Herbert a également développé l’idée d’une autre justice, la justice Gowachin, qu’on pourrait trouver anarchique mais qui a tout de même certains arguments en sa « faveur ». Quand je dis en sa faveur, je veux dire qu’elle permet des choses intéressantes, je ne veux pas dire qu’il serait intéressant de l’appliquer. Grossièrement, elle est basée sur l’idée que pour qu’une justice soit exécutée de façon réellement juste, il faut que chaque parti, et chaque personne qui y prend part, même si elle n’a aucun opinion sur l’affaire, puisse mourir pendant le procès. Imaginez les conséquences de cela. Premièrement, cela veut dire que chaque personne qui participe au procès, est convaincue de ses idées, qui oserait défendre une cause à laquelle il n’agrée pas s’il peut mourir à cause d’elle ? Deuxièmement, seules les affaires qui le méritent sont soumises à la justice gowachin. Qui prendrait le risque de mourir seulement parce que son voisin a écrasé son chien accidentellement ? (Oui, cet exemple est volontairement idiot)

Lorsque quelque chose ne va pas dans une de vos sociétés, que faites-vous ? Vous créez de nouvelles lois. Il ne vous vient jamais à l’idée d’en supprimer, ni d’en désamorcer une partie.

Bref, je ne vais pas m’éterniser, même s’il y a encore beaucoup à dire, mais je vous conseille très fortement ce livre, il apporte beaucoup.


9782070415687

Le guide du voyageur galactique de Douglas Adams

27/02/2011
Année :
Img 1982
Auteur :
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Img Tous
Série :
Titre :
Img Le guide du voyageur galactique
Tome :
1
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Le guide du voyageur galactique, écrit par Douglas Adams, est un classique de la Science-fiction, connu et reconnu pour sa fameuse réponse « 42″ à la grande question de la vie, de l’univers et du reste. Comme je n’en savais pas grand chose d’autre, je m’étais toujours refusé à le lire, car je pensais avoir affaire à une oeuvre de Space Opera classique, ce que je n’aime pas du tout. Mais j’ai appris récemment qu’en réalité, c’était plutôt une oeuvre humoristique évoluant dans un univers de Space Opera, ce qui a complètement changé la donne et m’a donné envie de le lire. D’autant qu’en tant que futur informaticien, c’est une référence presque obligatoire !

Bien des hommes bien entendu devinrent immensément riches mais c’était une chose parfaitement naturelle et dont il n’y avait pas à avoir honte, d’autant que personne n’était vraiment pauvre, du moins personne qui fût digne d’être mentionné.

Et ce qu’on peut dire, c’est que ce livre n’a pas volé sa réputation. C’est réellement drôle, avec un humour propre aux Anglais bien sûr, mais un humour que Adams manie très finement. Il ne se passe pas plus de 5 pages sans qu’une remarque n’attire notre sourire. On ne rit pas aux éclats mais on passe de très très très bons moments, et on n’arrive pas à lacher le livre.

Sa surprise fut plus grande encore lorsque juste après s’être vu décerner le prix d’Extrême Habileté de l’Institut galactique, il se retrouva lynché par une foule déchaînée de physiciens respectables enfin conscients du fait que s’il y avait une chose qu’ils ne pouvaient encaisser, c’était bien les petits futés.

L’action elle-même est continue, le rythme effréné ne s’essouffle jamais, et pourtant, ce n’est pas que l’histoire commence rapidement. Seulement, même lorsque l’histoire se met en place au début du livre, on ne s’en rend pas compte tellement cela est disséminé entre les pages, les remarques et les actions absurdes des personnages.

Sur ces entrefaites, Trillian jaillit de la porte de sa cabine, en criant : « Mes souris blanches se sont échappées ! »
Une expression de profonde tristesse mêlée d’inquiétude manqua totalement de de peindre sur l’un et l’autre visages de Zaphod : « Rien à branler de vos souris blanches. »

J’ai tout aimé dans ce livre, je n’ai pas trouvé une seule fausse note, comme je le disais, l’humour est vraiment génial, le parallèle fait entre la destruction de la maison d’Arthur Dent qui devait permettre la construction d’une nouvelle voie routière et la destruction de la planète Terre qui devrait permettre la construction  d’une nouvelle voie galactique en est un très bon exemple. Les personnages sont tous aussi fêlés les uns que les autres, qu’ils soient vivants ou robots, tout en obéissant à une logique qui leur est propre. L’histoire a son charme, elle sert l’humour bien sûr, mais au moins est-elle présente.

« Je refuse de prouver que j’existe, dit Dieu, car prouver c’est renier la foi et sans foi, je ne suis plus rien.
- Pourtant, remarque l’Homme, le Babelfish en dit long sur le sujet, non ? Son évolution ne saurait être le seul fruit du hasard. Il prouve votre existence et donc, selon votre propre théorie, vous n’existez pas, C.Q.F.D.
- Sapristi, s’exclame Dieu. C’est que je n’avais pas pensé à ça !  » et sur-le-champ il disparaît dans une bouffée de logique.
« Bah c’était facile », dit l’Homme puis – en guise de rappel – il se met à prouver sur sa lancée que le noir est blanc et finit écrasé sur le premier passage pour piétons.

On ne peut vraiment rien dire de plus sur ce livre, je peux juste dire que c’est un excellent divertissement, et qu’il faut absolument le lire, rien qu’afin de comprendre certaines références qui y sont faites dans la vie de tous les jours. Je lirais sûrement les autres tomes plus tard, mais ce premier tome se suffit bien à lui-même.

- Vous savez, remarqua Arthur, songeur, tout cela explique un tas de choses : toute ma vie durant, j’ai eu cette étrange et vague sensation que quelque chose dans le monde était à l’œuvre, quelque chose d’énorme, voire de sinistre, et que personne ne voulait me dire quoi.
- Non, dit le vieil homme, ça, ce n’est que de la paranoïa parfaitement normale, tout le monde ressent ça, dans l’univers.

NB : J’ai regardé le film et je l’ai trouvé bien moins drôle que le livre, et pas du tout représentatif de l’oeuvre. Je vous conseille très largement le livre !


9782253119296-G

Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour

16/02/2011
Année :
Img 2005
Editeur :
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Img Adulte
Titre :
Img Le goût de l'immortalité
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Le goût de l’immortalité est un roman de science-fiction écrit par Catherine Dufour, une auteure française dont j’entends parler depuis pas mal de temps, puisqu’elle a notamment écrit la postface du Diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez. C’est Ryuuchan qui, aux dernières Utopiales, m’avait encouragé à le lire, et comme on a à peu près les même goûts, je n’ai pas vraiment hésité !

Quant au fond, je peux déjà vous promettre de l’enfant mort, de la femme étranglée, de l’homme assassiné et de la veuve inconsolable, , des cadavres en morceaux, divers poisons, d’horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une … non, deux belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j’ai au moins une histoire. En revanche, n’attendez pas une fin édifiante. N’attendez pas non plus, de ma part, ni sincérité, ni impartialité : après tout, j’ai quand même tué ma mère.

Il faut le dire, après avoir lu ce livre, j’ai compris pourquoi c’était elle qui avait écrit la postface du diapason. L’ambiance de son monde est très proche de l’ambiance des nouvelles de monsieur Noirez, ceux qui ont lu mon avis sur le diapason l’auront compris, c’est très noir. On ne le saisit pas dès le début, car l’ambiance s’installe progressivement, on a au départ l’impression que la narratrice vit seulement dans un appartement d’immeuble, mais on comprend progressivement qu’en réalité, c’est le cas de tout le monde, et qu’il faut être fou pour aller à l’extérieur. On découvre donc par à coups un monde en perdition, que les anciennes générations ont surexploité sans penser à leurs enfants, qui héritent donc d’un monde à l’oxygène irrespirable, à la faune et la flore quasi-inexistantes. Les hommes vivent soit dans des hautes tours, soit, pour les plus pauvres, dans la suburb, c’est à dire la zone sous les tours. Vivre à l’air libre, ce n’est pas de la vie, mais de la survie.
C’est, en somme, le monde tel que le notre pourrait devenir, et il fait peur.

Couverture "Le livre de Poche"

On se retrouve plongé dans une histoire fascinante, qui m’a parue brouillon au départ, on nous livre l’histoire de cmatic, un chercheur chargé d’enquêter sur sa voisine… On ne voit pas du tout où l’auteur veut en venir, mais on se laisse porter, parce que c’est bien écrit et parce que c’est fascinant.

Le premier aveu est assez facile : je n’ai pas, comme vous, comme vous croyez le savoir et comme mes données civiles le disent, un petit siècle.
J’en ai un peu plus.
Pour le moment, vous n’avez qu’à y voir de la coquetterie.

En fait, ce qui peut choquer dans ce livre, c’est la narration. Elle est très particulière, même si ceux qui ont aimé ce livre préfèreront dire originale, et c’est mon cas, je l’ai trouvée vraiment originale. Le roman se présente comme une auto-biographie de la part de la narratrice à un homme qu’elle a rencontré sur le Réseau, une sorte d’Internet surveillé. Mais ce qui fait l’originalité de l’histoire, c’est que la narratrice, pour raconter son histoire à elle, va raconter l’histoire de 3 autres personnes, à tour de rôle. En vérité, la narratrice n’a pas eu une vie très passionnante, elle ne fait que subir beaucoup d’éléments et ne participe vraiment à sa vie qu’à la fin du roman. Et c’est ce qui peut choquer, on ne voit pas où l’on va, mais alors pas du tout. L’histoire du premier personnage ne nous intéresse pas réellement, et on sent pourtant que tout ce qui nous est raconté est vraiment la clé de voûte du roman. Pourtant, ça nous glisse entre les doigts et c’est vraiment frustrant. Je suppose que ceux qui ne supportent pas d’être laissés dans le flou de cette façon, qui ne supportent pas que l’auteur joue avec nous ont arrêté le livre, comme l’ont fait certains.

Cheng vit probablement dans un entresol miteux en compagnie d’un garçon aussi jeune, beau et affamé qu’elle. C’est une grande fille de seize ou dix-huit ans avec un visage en forme de coeur, des yeux sérieux et de longs cheveux brillants. Pour le moment elle est dans sa chambre blanche et vide, assise en tailleur sur un grand lit occidental, un lit bas couvert d’instruments de musique et de bouteilles d’alcool japonais. Insouciante et à demi nue, vêtue de dessous en vrai Coton bleu troués, elle joue de la guitare et de la cithare. Elle compose aussi, de jolies choses imitées de cui jian. Le jour, elle dort ou elle traîne dehors avec les mendiants du quartier, les petites vendeuses d’oxygène, les tontons seigneurs, les trafiquants de greffes frelatées, les dealers de psychotine. Peut-être y a-t-il encore des bouts de vrai ciel jaune au-dessus de sa rue ? Et qu’elle lève de temps en temps les yeux vers eux, tout en préparant deux bols de soupe aux nouillles sur le coin de son évier. La nuit, elle boit de la Bière à la paille parce que ça soûle plus vite et elle se produit dans des bars d’altitude, à l’aise parmi le pétillement des fractals rythmiques qui transforment la salle, les clients faits et refaits et l’écoeurant ballet des fauteuils aérostatiques en ciel étoilé ou en vague déferlante. Elle chante, avec son léger accent du ningbo, des vieilleries pour public inattentif, « à pékin sur la colline du charbon », par exemple. Le rota 8 n’est encore qu’une rumeur.

Personnellement, je l’ai laissée faire, je voulais voir où elle voulait nous entraîner, et je n’ai pas été déçu. L’auteure nous entraîne dans une direction que l’on n’aurait pas imaginé au début, en passant par la zone de la suburb, la Polynésie ou le 42ème étage d’une tour. Les éléments constituant l’intrigue sont dispersés un peu partout, tant et si bien qu’on se demande comment ils pourraient seulement se rassembler… Et pourtant, ils le font.

Shi est le seul protagoniste de cette pitoyable histoire à avoir vraiment choisi. Je veux dire : effectué des choix, à rebrousse-poil du destin qui voulait lui imposer des catastrophes. À plusieurs reprises, je l’ai vu tout brûler sous ses pas pour sauver ce à quoi il avait décidé de tenir. Il a tout donné à une science, tout perdu pour un ami et tout risqué pour une femme. Bien sûr, encore plus que d’une grande âme, ce genre d’attitude procède d’une grande chance. La première chance de shi résidait dans sa capacité innée à vouloir. Vouloir n’est pas donné à tout le monde. Il faut naître avec des yeux qui voient clair, un cerveau qui décide vite et des bras assez puissants pour agir. Par là-dessus, il faut suffisamment de talent pour que ce que vous voulez, que ce soit une femme, une amitié ou un science, veuille aussi de vous. Et il faut encore la dose suffisante d’orgueil pour estimer que cette science, cette amitié ou cette femme vaut la peine qu’on se donne puisqu’elle est choisie par vous. L’ensemble de ces qualités fait de shi une espèce peu commune. Vous comprenez maintenant pourquoi je n’ai pas donné à cet homme le rôle principal de mon histoire : trop de perfection fatigue.

L’autre sujet abordé par ce roman est l’immortalité. On a l’habitude de nous voir rabâchée l’immortalité comme une horreur sans nom, une aberration de la nature que la science n’a pas le droit de se permettre. Mme Dufour ne se permet pas une telle morale, elle connaît la vie, elle sait qu’on ne veut pas la perdre et elle sait que tout le monde a cette envie coupable de vivre éternellement, comme elle le dit si bien pour conclure ce roman, « la vie est une drogue terrible« . Et dans son monde, la surpopulation due à l’immortalité n’est pas le pire, la terre est déjà morte des autres affres de la science.

Le plus ennuyeux, en matière politique, est que chacun des participants croit qu’il est le seul à avoir lu sun tsu et machiavel. Résultat, vous y croisez cent mille connards qui nomment « tactique » leur sauvagerie, « influence » le goût des autres pour leur argent, « efficacité » leur absence de vue à long terme, « réalisme » leur manque de convictions et « victoire » les bourdes du camp d’en face.

Pour conclure, ce roman est vraiment fascinant, le style de l’auteure est irréprochable, on peut même dire qu’il est beau, et l’histoire, même si j’imagine que beaucoup n’auront pas le même avis que moi, est tout à fait à la hauteur du reste. On ne rit pas beaucoup pendant sa lecture, il donne des frissons, une boule au ventre parfois, une crispation horrifiée de la mâchoire… mais on ne peut pas s’en décrocher.

Le ciel était noir, ma mère, le voyait jaune sombre, il était en tout cas très bas. Malgré mon casque, ça puait. Les vapeurs délétères avaient creusé dans le métal énorme de fines dentelles pulvérulentes, nos combinaisons piaillaient sous l’overdose de gaz carbonique et d’acide urique.

Bonne chance à ceux qui tenteront l’aventure, ils en auront besoin, mais le jeu en vaut la chandelle !