Livres
Metro 2033 de Dmitri Glukhovski
31/08/10
Metro 2033, qui est plus connu en France, malheureusement, pour le jeu vidéo qui s’en est inspiré, est un roman dont le synopsis pourrait être qualifié de basique pour le genre auquel il appartient. Et pourtant, ce livre est fascinant.
Année 2033, planète terre, métro de Moscou. La troisième guerre mondiale a complètement irradié la surface de la planète devenue méconnaissable. Les rares survivants de la capitale russe survivent dans le métro depuis plusieurs années. Artyom, jeune garçon de 16 ans qui rêve d’aventure est l’un d’eux. Mais rien n’est facile dans ce monde aux nouvelles règles et où tout manquement peut s’avérer mortel. Sa station est d’alleurs de plus en plus attaquée par des humains mutants. Il suit un chasseur et protecteur du métro pour régler le problème et racheter une soi-disant erreur d’enfance. Ce n’est que le début de cette grande aventure dont il a toujours rêvé. Bien sûr rien n’est facile mais chaque épreuve modifie profondement sa vision du monde.
Nous découvrons donc le métro grâce à Artyom, un jeune homme de 16 ans. Qu’est ce personnage ? Pour tout dire, je n’en sais rien, tout ce que je sais, c’est que lui, il ne sait rien. Ce que je veux dire par là, c’est que c’est quelqu’un qui n’a aucun souvenir de la vie avant qu’il soit obligé de se réfugier dans le métro, puisque la catastrophe a eu lieu lorsqu’il était âgé d’environ 3 ans, mais en plus de cela, c’est quelqu’un qui n’a jamais voyagé dans le métro, ou en tout cas pas très loin de la station dans laquelle il vit. Ce qui fait que l’on se retrouve avec quelqu’un peu au courant de ce qui se passe dans le métro, et c’est tant mieux, parce que cela nous permet de tout découvrir en même temps que lui.
D’ailleurs, la particularité que j’aime beaucoup dans ce livre, c’est que comme les habitants des tunnels n’ont pas d’électricité, les nouvelles parcourent les stations comme avant, amplifiées et déformées, ce qui fait qu’avant de pouvoir comprendre quelque chose, il faut souvent avoir eu plusieurs versions d’une même histoire et faire la part des choses ! C’est une des petites originalités mises en place par l’auteur qui m’ont beaucoup plu, l’auteur nous plonge dans l’histoire par le biais d’histoires racontées pendant un tour de garde par les hommes en faction, qui débattent autour d’un mythe, qui se chamaillent… Sans avoir lu le livre, on imaginerait presque une ambiance chaleureuse, et pourtant, c’est loin d’être le cas. L’auteur donne à son livre une ambiance lourde, on a toujours l’impression d’un danger imminent, c’est frappant, on entre vraiment dans la vie des gens du métro, une vie de peur, de méfiance, de lutte pour la survie, de sacrifices et de mort…
C’est ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, cette ambiance, ce ressenti des émotions ! C’est partout et pourtant, lorsqu’on le cherche, on ne le trouve pas, parce que c’est très bien amené, c’est tout au long du roman. Le pire est, je crois, de voir que les gens se sont accoutumés à vivre de cette façon, qu’ils se démènent pour leur survie et que seule leur survie leur importe. L’auteur n’hésite pas d’ailleurs à en débattre par le biais de son personnage, qui, je vous le rappelle, découvre tous les éléments en même temps que nous et évolue en fonction d’eux. Ce personnage, bien qu’ayant subi quelques épreuves difficiles, était toutefois relativement à l’abri dans le cocon qu’était sa station.
Ce qui est tout aussi intéressant, c’est la fascination et les questions qu’a su créer l’auteur dans la tête des personnages qui, comme Artyom, n’ont jamais vu ce qu’était le ciel, les étoiles, les voitures… qui ne peuvent pas imaginer ce qu’est une ville grouillante d’activité et, surtout, qui n’ont pas pu étudier l’histoire. C’est très bien mené et l’on voit parfois les personnages rêver de la vie de leurs ancêtres et se tromper lourdement.
Mais ce qui m’a le plus intéressé, c’est l’organisation de la vie dans le metro, la monnaie a été remplacé par les munitions des fusils, le commerce ne se fait qu’avec cela, une preuve encore que le danger est très présent dans le métro, et ce constant échange ne fait que renforcer la noire ambiance qui règne. Chaque station n’est pas devenue une ville d’un seul et même pays non, elles sont toutes devenues des petits pays, au régime différent, aux règles différentes, au fonctionnement différent… On retrouve de tout, l’anarchisme, le nazisme et le communisme… Chacun organisé en un tout qui communique entre eux, échangent, se combattent… Il y a beaucoup de réflexion, Glukhovski en profite pour détailler tous ces régimes d’un oeil nouveau, celui d’Artyom, qui même s’il ne comprend pas le racisme envers les noirs de la part des nazis, comprend en revanche le fait que d’autres puissent penser différemment de lui, que tout est affaire de point de vue… L’auteur insiste d’ailleurs beaucoup sur ce fait, on ne sait vraiment pourquoi qu’à la fin.
Ce qui m’a étonné dans ce livre mais pas vraiment gêné, c’est l’enchaînement des évènements qui se fait un peu au hasard, on passe dans une station où un mystère est soulevé, on pense que le héros va le résoudre avant de poursuivre son chemin mais non, il continue… C’est quelque chose dont on n’a pas vraiment l’habitude, mais, on le découvre un peu plus tard, l’auteur philosophe en fait un peu sur le sens de la vie, la destinée, etc. Comme je le dis, c’est déconcertant mais finalement, c’est tout aussi bien, parfois, il arrive que l’on ait plusieurs choses à faire et que l’on soit obligé d’en laisser tomber plusieurs pour pouvoir finir la plus importante, c’est exactement ce qui se passe dans le livre : des personnages apparaissent pour disparaître presque aussitôt, ne jouant qu’un rôle rapide et pourtant capital dans la vie du personnage… Des mystères apparaissent, auxquels nous attendons des réponses mais auxquels le personnage tournera le dos et auxquels, finalement, nous n’aurons jamais de réponse.
Ce roman est donc une très belle réflexion, sur tout ce qui est abordé, et le nombre de choses qui y est abordé est tel que je pourrais en parler pendant des heures. Une très bonne découverte donc, que je vous recommande !
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
24/08/10
Un petit résumé pour commencer ?! …
Charlie Gordon est un jeune homme attardé qui montre un enthousiasme étonnant à l’apprentissage de la lecture lors des cours de Miss Kinnian. Celle-ci lui propose donc de suivre le traitement expérimental sensé décupler les capacités intellectuelles du patient. Charlie accepte et suit le programme en même temps qu’une petite souris, Algernon. Dans un premier temps l’opération marche et Charlie comme Algernon développent des capacités en un temps record. Cependant, c’est alors qu’Algernon se conduit étrangement et paraît régresser… Commence alors le calvaire de Charlie…
Que dire à part que ce livre m’a passionné. Mais dans un sens différent. En effet ce livre n’est transcendant ni par son style ni par l’histoire, ce sont les idées transmises qui sont passionnantes. Essayons tout de même de rester dans le plan établi:
L’histoire en elle-même n’a rien d’extraordinaire sauf qu’elle sert parfaitement la volonté de donner une morale à ce bouquin et qu’elle est très émouvante. En effet l’histoire de Charlie nous prend au tripe car après l’attendrissement que l’on a envers ce jeune déficient mental on éprouve ensuite de la fierté de le voir évoluer de cette manière puis on commence à la haïr parce que l’on pense qu’il n’a rien compris alors qu’il devrait être le seul à pouvoir le comprendre et enfin il revient à lui même et l’on se sent triste… Autrement dit ce bouquin chamboule et vous en avez les nerfs à vif vous commencez à voir les choses autrement, on se pose des questions.
Le style quand à lui n’a rien lui aussi de fabuleux à part qu’il sert excellemment l’histoire et qu’il est assez amusant de voir que l’écriture suit l’évolution de Charlie que ce soit en bien ou en pire et que certains écarts ou améliorations de l’orthographe nous permettent de deviner la suite de l’histoire.
Mais ce qui est le plus important c’est le fond idéologique qui imprègne le livre dans son entier. L’auteur a pris le temps d’aborder des phénomènes de société qui nous font réfléchir, tout en étant moralisateur l’auteur ne « rentre pas dans le lard » du lecteur; il le persuade.
En fait ce livre nous permet de nous rendre compte et de devenir d’une part plus ouvert envers tout le monde et d’autre part plus conscient de choses qui logiquement nous dépassent. Ce livre n’est pas un chef d’oeuvre littéraire mais son intérêt est placé dans l’engagement que l’auteur retransmet surtout que l’on ne trouve guère de livre de ce genre en science fiction. Je le conseille donc vivement mais il ne faut pas s’attendre à de la SF habituelle.
L’étranger d’Albert Camus
28/07/10
L’étranger de Camus est un classique qu’on ne peut qu’avoir lu et si ce n’est pas le cas, il est à lire impérativement. Ce livre est si court qu’on le finit généralement en moins de deux heures de lecture, donc pour tous les réfractaires, vous pouvez vous lancer, vous ne perdrez au pire que très peu de temps.
Je ne mets pas de résumé car ce roman ne peut tout simplement pas être bien résumé. La force du roman ne réside pas vraiment dans son intrigue, somme toute peu intéressante, mais de la façon dont elle est interprété. En fait, le meilleurs résumé pour ce roman, c’est son titre. « L’étranger », qui résume parfaitement bien le personnage. Mersault – le personnage principal, donc – est entièrement un étranger, pas dans le sens où il vient d’un autre pays, mais dans le sens où il est étranger à toutes les moeurs de son peuple, qu’il n’a pas les réactions que les autres souhaiteraient qu’il ait. Etranger et étrange aux yeux de son peuple.
La force du roman, vous l’aurez donc compris, c’est son personnage principal. C’est un personnage minutieusement travaillé que, à la lecture, on trouve « bizarre ». Est-il malade ? Dépressif ? Idiot ? On ne sait pas trop, mais le personnage réagit d’une façon si étrange qu’on ne peut s’empêcher de se poser plein de questions. C’est un personnage qui en a marre, de la vie, de tout. Ce n’est pas qu’il ait envie de mourir, mais la vie l’indiffère. Il passe sur les éléments importants de sa vie avec indifférence, l’ambition, l’argent, l’amour, tout ce qu’un homme essaie d’acquérir, lui s’en fiche, et cela dérange le peu de proches qu’il a. Ce personnage sonne creux tout au long du roman, aucune curiosité, aucun humour, peu voire pas intelligent… Il est lourd et, malgré nous, on commence à en avoir marre de lui et de ses réactions puériles.
Cela, c’est pendant tout le roman. On nous décrit, pendant tout le livre, les pensées du personnage, que l’on a du mal à comprendre, et on attend. On attend quelque chose, on ne sait pas trop quoi, mais on attend. Ca ne vient pas, et quand on se dit qu’en fait, ce qu’on attend ne viendra jamais, à une 10aine de pages de la fin, cela vient. Ce que l’on attendait, c’est l’explosion. Comment un personnage peut se contenir autant, se replier sur lui-même de cette façon, sans jamais exploser ? Et ce personnage, ce ne sera qu’en apprenant sa fin imminente qu’il va le faire. Aux derniers moments de sa vie, cette vie qu’il a rejeté, ou qu’il a plutôt ignoré, il se rend compte, qu’en fait, elle est toujours mieux que le vide. Cette coquille qu’on pensait vide est en fait pleine et sous la pression, se craquèle et explose en fait. D’un seul coup.
Il faut savoir que Camus est un philosophe, et il va déballer, en une dizaine de pages maximum, en une explosion de rage et de colère contenue jusque là toute sa vie chez son personnage, la philosophie à laquelle il nous avait préparé pendant tout le roman. C’est un choc chez le lecteur qui ne s’y attendait plus, qu’on aurait plus imaginé étalé sur la durée chez un philosophe afin qu’il puisse développer ses idées, comme le fait Nietzsche dans son Ainsi parlait Zarathoustra par exemple. Non, ici, on nous donne les bases brutes d’un raisonnement et c’est à nous de continuer dans ce sens. Le fait que ce soit si court et à la fin du roman permet au lecteur d’avoir tous les éléments en tête afin de pouvoir y réfléchir tranquillement.
Un livre que je conseille à tout le monde, sa rapidité de lecture, les idées qui y sont développées, plutôt originales, son prix dérisoire, et le roman tout entier en fait, joliment tourné, sont autant d’arguments pour le lire.
Bonne lecture à vous !
Le Sang des Ambrose de James Enge
18/07/10
Le Sang des Ambrose est un livre de Dark Fantasy édité par l’Atalante. Je n’ai pas réellement l’habitude de lire de la Dark Fantasy mais j’en avais une image beaucoup plus noire que ce que j’ai découvert dans ce livre. Je tiens encore une fois à remercier les Editions de l’Atalante pour m’avoir envoyé ce livre.
Derrière la vie du roi se tient le Protecteur. Derrière le Protecteur son Ombre est aux aguets…
Le jeune roi Lathmar est convaincu de sa disparition prochaine. Entre la mort suspecte de ses parents, l’armée privée de son oncle le Protecteur du Trône et les purges successives parmi ses proches, seule sa lointaine aïeule Ambrosia Viviana dresse un dernier rempart contre l’usurpateur.
Sauf à faire appel au frère d’Ambrosia, l’imprévisible Mor lock Ambrosius, maître Faiseur, sorcier, bretteur et redoutable ivrogne. Et sauf à découvrir et vaincre, derrière le Protecteur, le mystérieux ma rionnettiste qui jongle avec l’âme de ses proies et se prépare à dévorer l’empire.
J’ai entamé ce livre avec la conviction d’y trouver un monde très noir ou en tout cas, aux actions des personnages très noires, car il était classé dans le genre Dark Fantasy, genre que je voulais justement découvrir. Finalement, mon avis est mitigé sur ce livre, car il y a de bons éléments mais également de mauvais qui ont enlevé beaucoup à ce bouquin.
Tout d’abord, la vitesse de narration. Le livre commence et se termine à mon goût trop rapidement. Je précise à mon goût parce que je sais que certaines personnes préfèrent éviter les épisodes qui peuvent paraître un peu longs dans un livre. A ces personnes là, je peux leur dire qu’elles ne seront pas surprises en le lisant, parce que c’est de l’action qui s’enchaîne à tout bout de champ. Tous les épisodes de la vie des personnages pendant lesquels il ne se passe rien sont sautés, tout simplement. Et moi, cela me fatigue un peu, j’essaies de suivre, mais je peine. Je ne veux pas dire par là que j’apprécie les longueurs, j’apprécie seulement les passages où on nous explique les us et coutumes des peuples dont on nous parle, où on revient en arrière pour expliquer un évènement important. Or, là, on nous lâche dans la nature sans rien nous expliquer, sans rien nous amener au fur et à mesure comme cela est fait dans Perdido Street Station, sans réellement de description. On nous parle de Faiseur, et même si on devine, au fur et à mesure, ce qu’est un faiseur, on ne sait pas réellement ce que c’est. Une part de mystère dans un livre ne fait pas trop de mal, mais cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres, et il y a beaucoup trop de mystère, ce qui nous empêche finalement de l’apprécier. C’est comme un trou. Là où certains auteurs auraient créé des petits trous un peu partout pour permettre à l’imagination du lecteur de donner sa petite touche personnelle au monde, d’imaginer ce qu’il souhaite, James Enge lui, crée un trou béant en plein milieu, trop vaste pour être comblé par le lecteur. Heureusement, ce trou ne nuit pas à la compréhension du bouquin, il nuit seulement au ressenti car il provoque un sentiment de frustration.
Mais revenons à l’aspect Dark Fantasy, qui se manifeste ici dans les dialogues seulement, car le style n’est pas noir, c’est d’ailleurs un style assez « banal ». Banal dans le bon sens du terme, puisque c’est un style auquel on se fait rapidement et qu’on a plaisir à lire, mais qui n’a rien d’original par rapport à ce que l’on peut lire généralement. Les évènements qui se produisent sont certes quelques peu noirs, mais l’auteur n’est pas arrivé à m’angoisser ou à m’inquiéter, je n’ai pas frissoné. C’est une ambiance de crise (pas économique
), mais ce n’était pas noir, malgré la présence de zombies. Pour moi, soit l’auteur n’a pas réussi à retranscrire l’ambiance qu’il voulait, soit ce n’était pas son intention. Du coup, seuls les dialogues m’ont paru comporter un élément de Dark Fantasy, car ils sont très souvent crus et violents… réels. D’ailleurs, je pense que les dialogues sont l’aspect qu’a le plus réussi l’auteur, car il paraissent vraiment réels, et cela donne une dimension supplémentaires aux personnages.
Puisque l’on parle des personnages, je dois dire que j’ai un avis mitigé les concernant. Commençons par le roi. Autant j’ai aimé le personnage tel qu’il est décrit au début, autant celui qu’il devient ne m’a pas emballé. Je m’explique, au début du roman, le roi est décrit comme peureux, bon-à-rien, etc, et je me régalais d’avance à avoir un roi comme celui là pendant tout le livre : une plaie pour le royaume qu’il faut absolument garder en vie et de son côté pour assurer la cohésion du royaume. Malheureusement, le roi évolue pour devenir un roi tel qu’on en voit par dizaines en Fantasy : bon, généreux, sage (à 17 ans, oui oui…). C’est l’aspect qui me gène dans la Fantasy d’ailleurs, les personnages ne sont pas ce qui est le plus travaillé, on privilégie bien souvent l’histoire ou le monde, et c’est pourquoi je me tourne de plus en plus souvent vers des lectures plus traditionnelles, où on nous livre parfois un seul personnage, qui mène une existence plus que banale, mais que l’on travaille jusque dans les tréfonds de l’âme et qui le rend presque réel.
Heureusement, les personnages de ce livre ont tous un aspect qu’ils essaient de cacher au monde entier mais qui, devant le danger, ne peuvent que se trahir. En cela ils sortent des stéréotypes de base et c’est tant mieux. On trouve quand même de très bonnes surprises dans ces personnages, comme Morlock ou Ambrosia, qui même si l’on retrouve en eux certains stéréotypes, ils comportent également une bonne dose d’originalité.
En ce qui concerne l’histoire, je vais faire court pour ne rien dévoiler. Je pense qu’il y a de bons éléments qui auraient mérités d’être plus longuement et surtout, plus lentement, développés car l’enchaînement des évènements est trop rapide pour que l’on puisse apprécier tous les détails. Je reviens encore et toujours sur cette rapidité, je le sais, mais c’est parce que j’ai trouvé que c’était vraiment dommage car en prenant un peu plus de temps, l’auteur aurait pu en faire quelque chose de magnifique, avec une ambiance vraiment dark, quelque chose de bien ficelé, qui aurait pris au tripes.
Je résumerais donc ce livre en disant « bien, mais dommage », car en finissant ce livre, on se dit que c’était bien, mais que cela aurait pu être bien mieux.
La Zone du Dehors d’Alain Damasio
31/03/10
Je voulais lire La Zone du Dehors d’Alain Damasio depuis un moment, depuis ma lecture de la Horde du Contrevent en fait, mais c’était une envie mêlée de crainte.
Pourquoi de la crainte ? Au départ, avant de lire des critiques détaillées de ce livre, je le voyais comme de la Science-Fiction à boulons, et je déteste ça. L’envie, elle, venait de l’auteur, dont j’avais adoré la Horde, et qui m’avait donné envie d’en découvrir plus du même auteur. Voilà un petit résumé avant de vous présenter ce que j’ai pensé de ce bouquin.
2084. Les normes ont succédé aux codes. Le contrôle aux contraintes disciplinaires. Le flicage démocratique de tous par tous à la police d’État. Sur un satellite de Saturne, une métropole climatisée, Cerclon, construite pour les colonies terriennes fuyant la terre, abrite une société panoptique et pacifiée, modèle envié du système solaire. Autour, la Zone du Dehors s’étend, horizon minéral brut — espace d’appel pour la Volte, groupe révolutionnaire qui prone la liberté inconditionnelle des forces de vie, la création et le combat.
Contre quoi ?
Un monde dévitalisant où le Clastre dicte à chaque individu son rang dans l’échelle sociale, contre la virtue qui déréalise les tours panoptiques qui veillent, les lavements médiatiques, les technogreffes qui s’introduisent dans le corps humain…
Sur Cerclon, la norme est plus puissante que la force. Le contrôle, plus étendu, plus complet et plus insidieux que ne le soupçonnait la Volte… Jusqu’où faut-il aller pour que le pouvoir révèle, sous sa chair compréhensive, que la démocratie qu’il offre est un liberticide collectif ? Jusqu’à l’intellectrocution ? Jusqu’à la Volution ?
On retrouve la Horde, c’est indéniable. Que ce soit au niveau du changement de style selon le narrateur ou des jeux de mots incomparables, on sent que c’est Damasio qui se cache derrière ! Même si la puissance du style est moins présente que dans la Horde (c’est compréhensible, la Horde a été écrite après la Zone), c’est encore un bouquin qui fait que, à la lecture, on se demande s’il a été traduit ! C’est une oeuvre de Français incomparable, doublée d’une critique de la démocratie plutôt fine et recherchée. Critique de la démocratie, mais pas que ! A la manière d’Orwell dans son 1984, Damasio nous donne sa vision de l’avenir, et même si dans Cerclon, la vie n’est pas dangereuse, ce qu’il prévoit pour la Terre n’est pas vraiment encourageant, même si c’est ce qui se produira inévitablement un jour.
Mais, et c’est cela le plus intéressant dans ce bouquin, et ce à quoi va être consacré la grande majorité du bouquin, même si la vie n’est pas dangereuse sur Cerclon et qu’on y vit confortablement, même pour le « dernier » des citoyens, un mouvement se bat continuellement contre la démocratie en place.
Je dois dire que la première chose qui m’a frappé, c’est que l’on puisse remettre en cause la démocratie. Et je pense que cela a été une double claque quand je me suis rendu compte de ma naïveté : depuis que je suis né, on nous rabâche tellement les oreilles sur le fait qu’il n’existe pas mieux que ce régime, que l’on a bien de la chance de vivre dans cette époque de paix, etc, que je ne m’étais même pas donné la peine d’y réfléchir, j’y croyais et ils avaient même réussi à me faire éprouver une sorte de fierté (que certains appelleront patriotisme ?) quand au régime en vigueur dans mon pays.
Et c’est exactement ça que dénonce Damasio ! Cette espèce de « propagande » passive, celle que tout le monde insuffle aux autres, un bouche-à-oreille naturel, inculqué aux générations suivantes par le biais des valeurs et des normes par leurs propres parents. Le citoyen qui se dit « Je me tais parce qu’il y a pire ailleurs et que j’ai de la chance de vivre comme je vis » alors qu’il peut vivre autrement : mieux !
Attention, je ne dis pas que ce que nous avons est une horreur absolue, qu’il faut retourner dans une monarchie, non, il faut avancer, avancer au risque de revenir au début, mais pour emprunter un chemin différent. Damasio propose l’anarchisme, cependant, je ne pense que ce soit viable sur le long terme, et il le prouve dans son livre.
En effet, ce que Damasio reproche aux gens, c’est de ne pas vivre leur vie comme ils l’entendent, de se laisser dicter leur vie par des lois, des normes et par le regard des autres. Mais pire encore, c’est que l’on plonge dans un système où chacun est le policier de chacun. La vie privée n’existe plus, elle est toute entière soumise au regard des autres, qui vous jugent sans même vous connaître et vous condamnent avant même de vous avoir laisser vous expliquer. Les gens sont prêts à condamner un homme avant même de l’avoir écouté parler !
Pour illustrer ces idées, Damasio a inventé toute une organisation sociale : des tours sont mises à disposition de tous les habitants, depuis lesquelles ils peuvent espionner la vie de leurs proches ou tout bonnement des autres grâce à des outils d’espionnage fournis. Ils peuvent témoigner anonymement d’actes dont ils ne connaissent même pas le contexte.
Les citoyens sont aussi soumis à l’implantation d’un code-barre qui leur permet de franchir les portes. Certaines portes leur sont bloquées si, par exemple, leur code en banque n’est pas assez rempli ou leur casier judiciaire n’est pas vide. Leurs déplacements sont ainsi constamment surveillés, leur vie entière est filmée, enregistrée et stockée sur le Terminor, un « ordinateur » géant contenant la vie entière de tous les citoyens.
C’est donc un contrôle absolu qu’exerce le gouvernement sur le citoyen, mais le pire, c’est que le citoyen en est conscient et y consent ! Je n’ai pu m’empêcher de comparer cela à l’époque d’aujourd’hui, et j’ai trouvé que le fait qu’il commence à y avoir des caméras dans de plus en plus de lycée, qui en placent même jusque dans les toilettes, est affolant. Si l’on va dans ce sens, toujours en prenant le prétexte de notre sécurité, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas jusqu’à contrôler l’accès de ses citoyens selon divers critères établis à l’avance ?
Mais ce livre n’est pas que ça, c’est un appel à vivre, vivre comme on l’entend, « Lâchez vos écrans !, crie-t-il, regardez autour de vous, avez vous déjà vu vos voisins ? Leur avez-vous parlé ? ». Et il n’a pas tort, peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait la connaissance de tous leurs voisins. Qui discute dans le bus, dans le tramway ou dans le métro avec des inconnus ? Seulement pour parler ? Très peu malheureusement.
Pour appuyer ce qu’il dit, Damasio met en place, autour de Cerclon, une société au régime inexistant, composée de plusieurs villages. Dans chaque village est développée une façon de vivre différente. Par exemple, dans Gomorrhe, on vit dans une constante ambiance de sexe, car un jour sur deux, vous pouviez soumettre une personne de votre choix à votre bon plaisir, et le deuxième, votre partenaire fait de même avec vous.
Dans la cité de Mirajeu, chaque mois, un thème est choisi, et vous devez vivre dans ce thème. Par exemple, si le thème choisi est « Le Moyen-Age », tous les habitants vivront comme s’ils étaient au Moyen-Age, essaieront de parler de la manière de l’époque, s’habilleront à la mode de l’époque, etc.
En tout cas, aucun chef ne règne, aucune police ne patrouille, l’équilibre est assez précaire. En plus de cela, il n’y a aucune monnaie. Comme Damasio l’explique, l’argent entraîne le capitalisme et les castes sociales réapparaissent, ainsi que les jalousies, tout fonctionne donc au troc. Le troc permet un rapprochement des habitants, car ils sont obligés de trouver un arrangement selon les capacités de chacun, et il n’est pas rare qu’un homme demande à un autre d’apprendre quelque chose à son fils.
C’est très bien donc, sur le principe, mais est-ce viable sur le long-terme ? Aucune police pour contrer les mauvaises intentions, tout repose sur la confiance. Mais ça ne peut pas marcher, et Damasio en donne une preuve : Dans Gomorrhe, un marché s’installe : celui de la prostitution, et dans Mirajeu, c’est la mafia qui s’installe, construit des casinos et fait régner sa loi particulière.
Bref je vais m’arrêter là, je finirais en disant que l’ambiance est plutôt sombre et qu’on en oublie parfois que le régime en vigueur est une démocratie, tellement le contrôle est absolu.
Lisez ce livre, au moins pour vous poser la question : Suis-je moi-même ou seulement une machine utile ?


![7cb6a3d31e0bb9635a1d18694341ca07[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/07/7cb6a3d31e0bb9635a1d18694341ca071-221x300.jpg)
![La-zone-du-dehors[1] La Zone du Dehors de la Volte](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/La-zone-du-dehors1-212x300.jpg)