L’étranger d’Albert Camus
28/07/10
L’étranger de Camus est un classique qu’on ne peut qu’avoir lu et si ce n’est pas le cas, il est à lire impérativement. Ce livre est si court qu’on le finit généralement en moins de deux heures de lecture, donc pour tous les réfractaires, vous pouvez vous lancer, vous ne perdrez au pire que très peu de temps.
Je ne mets pas de résumé car ce roman ne peut tout simplement pas être bien résumé. La force du roman ne réside pas vraiment dans son intrigue, somme toute peu intéressante, mais de la façon dont elle est interprété. En fait, le meilleurs résumé pour ce roman, c’est son titre. « L’étranger », qui résume parfaitement bien le personnage. Mersault – le personnage principal, donc – est entièrement un étranger, pas dans le sens où il vient d’un autre pays, mais dans le sens où il est étranger à toutes les moeurs de son peuple, qu’il n’a pas les réactions que les autres souhaiteraient qu’il ait. Etranger et étrange aux yeux de son peuple.
La force du roman, vous l’aurez donc compris, c’est son personnage principal. C’est un personnage minutieusement travaillé que, à la lecture, on trouve « bizarre ». Est-il malade ? Dépressif ? Idiot ? On ne sait pas trop, mais le personnage réagit d’une façon si étrange qu’on ne peut s’empêcher de se poser plein de questions. C’est un personnage qui en a marre, de la vie, de tout. Ce n’est pas qu’il ait envie de mourir, mais la vie l’indiffère. Il passe sur les éléments importants de sa vie avec indifférence, l’ambition, l’argent, l’amour, tout ce qu’un homme essaie d’acquérir, lui s’en fiche, et cela dérange le peu de proches qu’il a. Ce personnage sonne creux tout au long du roman, aucune curiosité, aucun humour, peu voire pas intelligent… Il est lourd et, malgré nous, on commence à en avoir marre de lui et de ses réactions puériles.
Cela, c’est pendant tout le roman. On nous décrit, pendant tout le livre, les pensées du personnage, que l’on a du mal à comprendre, et on attend. On attend quelque chose, on ne sait pas trop quoi, mais on attend. Ca ne vient pas, et quand on se dit qu’en fait, ce qu’on attend ne viendra jamais, à une 10aine de pages de la fin, cela vient. Ce que l’on attendait, c’est l’explosion. Comment un personnage peut se contenir autant, se replier sur lui-même de cette façon, sans jamais exploser ? Et ce personnage, ce ne sera qu’en apprenant sa fin imminente qu’il va le faire. Aux derniers moments de sa vie, cette vie qu’il a rejeté, ou qu’il a plutôt ignoré, il se rend compte, qu’en fait, elle est toujours mieux que le vide. Cette coquille qu’on pensait vide est en fait pleine et sous la pression, se craquèle et explose en fait. D’un seul coup.
Il faut savoir que Camus est un philosophe, et il va déballer, en une dizaine de pages maximum, en une explosion de rage et de colère contenue jusque là toute sa vie chez son personnage, la philosophie à laquelle il nous avait préparé pendant tout le roman. C’est un choc chez le lecteur qui ne s’y attendait plus, qu’on aurait plus imaginé étalé sur la durée chez un philosophe afin qu’il puisse développer ses idées, comme le fait Nietzsche dans son Ainsi parlait Zarathoustra par exemple. Non, ici, on nous donne les bases brutes d’un raisonnement et c’est à nous de continuer dans ce sens. Le fait que ce soit si court et à la fin du roman permet au lecteur d’avoir tous les éléments en tête afin de pouvoir y réfléchir tranquillement.
Un livre que je conseille à tout le monde, sa rapidité de lecture, les idées qui y sont développées, plutôt originales, son prix dérisoire, et le roman tout entier en fait, joliment tourné, sont autant d’arguments pour le lire.
Bonne lecture à vous !
Le Sang des Ambrose de James Enge
18/07/10
Le Sang des Ambrose est un livre de Dark Fantasy édité par l’Atalante. Je n’ai pas réellement l’habitude de lire de la Dark Fantasy mais j’en avais une image beaucoup plus noire que ce que j’ai découvert dans ce livre. Je tiens encore une fois à remercier les Editions de l’Atalante pour m’avoir envoyé ce livre.
Derrière la vie du roi se tient le Protecteur. Derrière le Protecteur son Ombre est aux aguets…
Le jeune roi Lathmar est convaincu de sa disparition prochaine. Entre la mort suspecte de ses parents, l’armée privée de son oncle le Protecteur du Trône et les purges successives parmi ses proches, seule sa lointaine aïeule Ambrosia Viviana dresse un dernier rempart contre l’usurpateur.
Sauf à faire appel au frère d’Ambrosia, l’imprévisible Mor lock Ambrosius, maître Faiseur, sorcier, bretteur et redoutable ivrogne. Et sauf à découvrir et vaincre, derrière le Protecteur, le mystérieux ma rionnettiste qui jongle avec l’âme de ses proies et se prépare à dévorer l’empire.
J’ai entamé ce livre avec la conviction d’y trouver un monde très noir ou en tout cas, aux actions des personnages très noires, car il était classé dans le genre Dark Fantasy, genre que je voulais justement découvrir. Finalement, mon avis est mitigé sur ce livre, car il y a de bons éléments mais également de mauvais qui ont enlevé beaucoup à ce bouquin.
Tout d’abord, la vitesse de narration. Le livre commence et se termine à mon goût trop rapidement. Je précise à mon goût parce que je sais que certaines personnes préfèrent éviter les épisodes qui peuvent paraître un peu longs dans un livre. A ces personnes là, je peux leur dire qu’elles ne seront pas surprises en le lisant, parce que c’est de l’action qui s’enchaîne à tout bout de champ. Tous les épisodes de la vie des personnages pendant lesquels il ne se passe rien sont sautés, tout simplement. Et moi, cela me fatigue un peu, j’essaies de suivre, mais je peine. Je ne veux pas dire par là que j’apprécie les longueurs, j’apprécie seulement les passages où on nous explique les us et coutumes des peuples dont on nous parle, où on revient en arrière pour expliquer un évènement important. Or, là, on nous lâche dans la nature sans rien nous expliquer, sans rien nous amener au fur et à mesure comme cela est fait dans Perdido Street Station, sans réellement de description. On nous parle de Faiseur, et même si on devine, au fur et à mesure, ce qu’est un faiseur, on ne sait pas réellement ce que c’est. Une part de mystère dans un livre ne fait pas trop de mal, mais cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres, et il y a beaucoup trop de mystère, ce qui nous empêche finalement de l’apprécier. C’est comme un trou. Là où certains auteurs auraient créé des petits trous un peu partout pour permettre à l’imagination du lecteur de donner sa petite touche personnelle au monde, d’imaginer ce qu’il souhaite, James Enge lui, crée un trou béant en plein milieu, trop vaste pour être comblé par le lecteur. Heureusement, ce trou ne nuit pas à la compréhension du bouquin, il nuit seulement au ressenti car il provoque un sentiment de frustration.
Mais revenons à l’aspect Dark Fantasy, qui se manifeste ici dans les dialogues seulement, car le style n’est pas noir, c’est d’ailleurs un style assez « banal ». Banal dans le bon sens du terme, puisque c’est un style auquel on se fait rapidement et qu’on a plaisir à lire, mais qui n’a rien d’original par rapport à ce que l’on peut lire généralement. Les évènements qui se produisent sont certes quelques peu noirs, mais l’auteur n’est pas arrivé à m’angoisser ou à m’inquiéter, je n’ai pas frissoné. C’est une ambiance de crise (pas économique
), mais ce n’était pas noir, malgré la présence de zombies. Pour moi, soit l’auteur n’a pas réussi à retranscrire l’ambiance qu’il voulait, soit ce n’était pas son intention. Du coup, seuls les dialogues m’ont paru comporter un élément de Dark Fantasy, car ils sont très souvent crus et violents… réels. D’ailleurs, je pense que les dialogues sont l’aspect qu’a le plus réussi l’auteur, car il paraissent vraiment réels, et cela donne une dimension supplémentaires aux personnages.
Puisque l’on parle des personnages, je dois dire que j’ai un avis mitigé les concernant. Commençons par le roi. Autant j’ai aimé le personnage tel qu’il est décrit au début, autant celui qu’il devient ne m’a pas emballé. Je m’explique, au début du roman, le roi est décrit comme peureux, bon-à-rien, etc, et je me régalais d’avance à avoir un roi comme celui là pendant tout le livre : une plaie pour le royaume qu’il faut absolument garder en vie et de son côté pour assurer la cohésion du royaume. Malheureusement, le roi évolue pour devenir un roi tel qu’on en voit par dizaines en Fantasy : bon, généreux, sage (à 17 ans, oui oui…). C’est l’aspect qui me gène dans la Fantasy d’ailleurs, les personnages ne sont pas ce qui est le plus travaillé, on privilégie bien souvent l’histoire ou le monde, et c’est pourquoi je me tourne de plus en plus souvent vers des lectures plus traditionnelles, où on nous livre parfois un seul personnage, qui mène une existence plus que banale, mais que l’on travaille jusque dans les tréfonds de l’âme et qui le rend presque réel.
Heureusement, les personnages de ce livre ont tous un aspect qu’ils essaient de cacher au monde entier mais qui, devant le danger, ne peuvent que se trahir. En cela ils sortent des stéréotypes de base et c’est tant mieux. On trouve quand même de très bonnes surprises dans ces personnages, comme Morlock ou Ambrosia, qui même si l’on retrouve en eux certains stéréotypes, ils comportent également une bonne dose d’originalité.
En ce qui concerne l’histoire, je vais faire court pour ne rien dévoiler. Je pense qu’il y a de bons éléments qui auraient mérités d’être plus longuement et surtout, plus lentement, développés car l’enchaînement des évènements est trop rapide pour que l’on puisse apprécier tous les détails. Je reviens encore et toujours sur cette rapidité, je le sais, mais c’est parce que j’ai trouvé que c’était vraiment dommage car en prenant un peu plus de temps, l’auteur aurait pu en faire quelque chose de magnifique, avec une ambiance vraiment dark, quelque chose de bien ficelé, qui aurait pris au tripes.
Je résumerais donc ce livre en disant « bien, mais dommage », car en finissant ce livre, on se dit que c’était bien, mais que cela aurait pu être bien mieux.
La Zone du Dehors d’Alain Damasio
31/03/10
Je voulais lire La Zone du Dehors d’Alain Damasio depuis un moment, depuis ma lecture de la Horde du Contrevent en fait, mais c’était une envie mêlée de crainte.
Pourquoi de la crainte ? Au départ, avant de lire des critiques détaillées de ce livre, je le voyais comme de la Science-Fiction à boulons, et je déteste ça. L’envie, elle, venait de l’auteur, dont j’avais adoré la Horde, et qui m’avait donné envie d’en découvrir plus du même auteur. Voilà un petit résumé avant de vous présenter ce que j’ai pensé de ce bouquin.
2084. Les normes ont succédé aux codes. Le contrôle aux contraintes disciplinaires. Le flicage démocratique de tous par tous à la police d’État. Sur un satellite de Saturne, une métropole climatisée, Cerclon, construite pour les colonies terriennes fuyant la terre, abrite une société panoptique et pacifiée, modèle envié du système solaire. Autour, la Zone du Dehors s’étend, horizon minéral brut — espace d’appel pour la Volte, groupe révolutionnaire qui prone la liberté inconditionnelle des forces de vie, la création et le combat.
Contre quoi ?
Un monde dévitalisant où le Clastre dicte à chaque individu son rang dans l’échelle sociale, contre la virtue qui déréalise les tours panoptiques qui veillent, les lavements médiatiques, les technogreffes qui s’introduisent dans le corps humain…
Sur Cerclon, la norme est plus puissante que la force. Le contrôle, plus étendu, plus complet et plus insidieux que ne le soupçonnait la Volte… Jusqu’où faut-il aller pour que le pouvoir révèle, sous sa chair compréhensive, que la démocratie qu’il offre est un liberticide collectif ? Jusqu’à l’intellectrocution ? Jusqu’à la Volution ?
On retrouve la Horde, c’est indéniable. Que ce soit au niveau du changement de style selon le narrateur ou des jeux de mots incomparables, on sent que c’est Damasio qui se cache derrière ! Même si la puissance du style est moins présente que dans la Horde (c’est compréhensible, la Horde a été écrite après la Zone), c’est encore un bouquin qui fait que, à la lecture, on se demande s’il a été traduit ! C’est une oeuvre de Français incomparable, doublée d’une critique de la démocratie plutôt fine et recherchée. Critique de la démocratie, mais pas que ! A la manière d’Orwell dans son 1984, Damasio nous donne sa vision de l’avenir, et même si dans Cerclon, la vie n’est pas dangereuse, ce qu’il prévoit pour la Terre n’est pas vraiment encourageant, même si c’est ce qui se produira inévitablement un jour.
Mais, et c’est cela le plus intéressant dans ce bouquin, et ce à quoi va être consacré la grande majorité du bouquin, même si la vie n’est pas dangereuse sur Cerclon et qu’on y vit confortablement, même pour le « dernier » des citoyens, un mouvement se bat continuellement contre la démocratie en place.
Je dois dire que la première chose qui m’a frappé, c’est que l’on puisse remettre en cause la démocratie. Et je pense que cela a été une double claque quand je me suis rendu compte de ma naïveté : depuis que je suis né, on nous rabâche tellement les oreilles sur le fait qu’il n’existe pas mieux que ce régime, que l’on a bien de la chance de vivre dans cette époque de paix, etc, que je ne m’étais même pas donné la peine d’y réfléchir, j’y croyais et ils avaient même réussi à me faire éprouver une sorte de fierté (que certains appelleront patriotisme ?) quand au régime en vigueur dans mon pays.
Et c’est exactement ça que dénonce Damasio ! Cette espèce de « propagande » passive, celle que tout le monde insuffle aux autres, un bouche-à-oreille naturel, inculqué aux générations suivantes par le biais des valeurs et des normes par leurs propres parents. Le citoyen qui se dit « Je me tais parce qu’il y a pire ailleurs et que j’ai de la chance de vivre comme je vis » alors qu’il peut vivre autrement : mieux !
Attention, je ne dis pas que ce que nous avons est une horreur absolue, qu’il faut retourner dans une monarchie, non, il faut avancer, avancer au risque de revenir au début, mais pour emprunter un chemin différent. Damasio propose l’anarchisme, cependant, je ne pense que ce soit viable sur le long terme, et il le prouve dans son livre.
En effet, ce que Damasio reproche aux gens, c’est de ne pas vivre leur vie comme ils l’entendent, de se laisser dicter leur vie par des lois, des normes et par le regard des autres. Mais pire encore, c’est que l’on plonge dans un système où chacun est le policier de chacun. La vie privée n’existe plus, elle est toute entière soumise au regard des autres, qui vous jugent sans même vous connaître et vous condamnent avant même de vous avoir laisser vous expliquer. Les gens sont prêts à condamner un homme avant même de l’avoir écouté parler !
Pour illustrer ces idées, Damasio a inventé toute une organisation sociale : des tours sont mises à disposition de tous les habitants, depuis lesquelles ils peuvent espionner la vie de leurs proches ou tout bonnement des autres grâce à des outils d’espionnage fournis. Ils peuvent témoigner anonymement d’actes dont ils ne connaissent même pas le contexte.
Les citoyens sont aussi soumis à l’implantation d’un code-barre qui leur permet de franchir les portes. Certaines portes leur sont bloquées si, par exemple, leur code en banque n’est pas assez rempli ou leur casier judiciaire n’est pas vide. Leurs déplacements sont ainsi constamment surveillés, leur vie entière est filmée, enregistrée et stockée sur le Terminor, un « ordinateur » géant contenant la vie entière de tous les citoyens.
C’est donc un contrôle absolu qu’exerce le gouvernement sur le citoyen, mais le pire, c’est que le citoyen en est conscient et y consent ! Je n’ai pu m’empêcher de comparer cela à l’époque d’aujourd’hui, et j’ai trouvé que le fait qu’il commence à y avoir des caméras dans de plus en plus de lycée, qui en placent même jusque dans les toilettes, est affolant. Si l’on va dans ce sens, toujours en prenant le prétexte de notre sécurité, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas jusqu’à contrôler l’accès de ses citoyens selon divers critères établis à l’avance ?
Mais ce livre n’est pas que ça, c’est un appel à vivre, vivre comme on l’entend, « Lâchez vos écrans !, crie-t-il, regardez autour de vous, avez vous déjà vu vos voisins ? Leur avez-vous parlé ? ». Et il n’a pas tort, peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait la connaissance de tous leurs voisins. Qui discute dans le bus, dans le tramway ou dans le métro avec des inconnus ? Seulement pour parler ? Très peu malheureusement.
Pour appuyer ce qu’il dit, Damasio met en place, autour de Cerclon, une société au régime inexistant, composée de plusieurs villages. Dans chaque village est développée une façon de vivre différente. Par exemple, dans Gomorrhe, on vit dans une constante ambiance de sexe, car un jour sur deux, vous pouviez soumettre une personne de votre choix à votre bon plaisir, et le deuxième, votre partenaire fait de même avec vous.
Dans la cité de Mirajeu, chaque mois, un thème est choisi, et vous devez vivre dans ce thème. Par exemple, si le thème choisi est « Le Moyen-Age », tous les habitants vivront comme s’ils étaient au Moyen-Age, essaieront de parler de la manière de l’époque, s’habilleront à la mode de l’époque, etc.
En tout cas, aucun chef ne règne, aucune police ne patrouille, l’équilibre est assez précaire. En plus de cela, il n’y a aucune monnaie. Comme Damasio l’explique, l’argent entraîne le capitalisme et les castes sociales réapparaissent, ainsi que les jalousies, tout fonctionne donc au troc. Le troc permet un rapprochement des habitants, car ils sont obligés de trouver un arrangement selon les capacités de chacun, et il n’est pas rare qu’un homme demande à un autre d’apprendre quelque chose à son fils.
C’est très bien donc, sur le principe, mais est-ce viable sur le long-terme ? Aucune police pour contrer les mauvaises intentions, tout repose sur la confiance. Mais ça ne peut pas marcher, et Damasio en donne une preuve : Dans Gomorrhe, un marché s’installe : celui de la prostitution, et dans Mirajeu, c’est la mafia qui s’installe, construit des casinos et fait régner sa loi particulière.
Bref je vais m’arrêter là, je finirais en disant que l’ambiance est plutôt sombre et qu’on en oublie parfois que le régime en vigueur est une démocratie, tellement le contrôle est absolu.
Lisez ce livre, au moins pour vous poser la question : Suis-je moi-même ou seulement une machine utile ?
Le Déchronologue de Stéphane Beauverger
20/03/10
Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : leDéchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.
Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un gallion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l’impensable : un Léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher la foudre et d’abattre la mort !Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !
Le déchronologue est un roman écrit par un auteur Français, Stéphane Beauverger, que je ne connaissais pas mais que je vais bientôt bien connaître à mon avis car cette découverte s’est révélée être un gros coup de coeur. J’ai été attiré par ce livre grâce à 3 points essentiels :
- La couverture : Toute en douceur, floue, elle attire par son mystère, et quoique certains la trouveront un peu simple, je l’aime.
- Les prix : Le déchronologue a en effet gagné deux prix depuis sa sortie en mars 2010, et pas des moindres car il s’agit du Grand Prix de l’Imaginaire 2010 et du Prix Européen des Utopiales 2010. D’habitude je n’y fais pas attention, mais cela va changer !
- La maison d’Edition : La Volte édite notamment Alain Damasio, dont j’ai très apprécié sa « Horde du Contrevent » (et quand je dis très apprécié, je modère mes propos, en fait, j’ai carrément adoré !).
Je m’attendais donc à quelque chose de bon, même si l’histoire en elle-même ne m’intéressait pas des masses. Il faut savoir que pour moi, le style de l’auteur compte énormément, peut-être même plus que l’intrigue, et que je suis prêt à lire un bouquin ignoblement stéréotypé tant que l’auteur écrit bien.
Ce n’est pas le cas du Déchronologue, d’ailleurs, je n’ai pas réussi à le classer, pour vous prouver à quel point ce bouquin est original. High Fantasy ? Science-Fiction avec l’Uchronie ? Je n’en sais strictement rien, et c’est peut-être mieux ainsi. Le déchronologue n’a de toute façon pas besoin d’être classé.
Tout d’abord, il faut dire qu’il porte extrêmement bien son nom, la lecture est très bouleversante, car elle ne suit aucun ordre chronologique, c’est tout juste s’il est logique. Je me suis longtemps demandé si il fallait le lire tel qu’il était écrit ou rechercher le chapitre suivant dans l’index. Donc futurs lecteurs du déchronologue, ce livre se lit bel et bien comme d’habitude (même si on a un gros doute tout au long de la lecture) !
Dans ce livre, on suit la vie du capitaine Villon, un flibustier Français comme il en existât au XVIIème siècle, même si aucun n’eut la vie qu’il menât. C’est étrange, car l’on passe, au premier chapitre, du commencement de sa carrière, à, au second, la fin de sa vie pratiquement. On revoit donc parfois des personnages morts plus tôt réapparaitre dans un chapitre suivant. Comment cela est-il possible ? Comment l’auteur parvient-il à donner une cohérence à son livre, si l’on assiste à la mort des personnages avant même de savoir ce que Villon et lui ont accompli ensembles ? Et bien c’est à la fois simple et compliqué. D’une part, il faut savoir qu’il y a très peu de personnages importants. Ça doit tourner autour de 6 voire 7. C’est peu mais cela suffit, car ce sont des personnages très complexes et très fouillés, qui même si leur nature nous révulse, si les erreurs qu’il commettent nous énervent, sont tout de même très intéressants et recherchés. Leurs réactions sont vraiment sensées et il paraissent humains. Ces 6 personnages là sont donc parfois brutalement introduits, mais ce n’est pas dérangeant car c’est généralement là qu’on en découvre le plus, et il n’est pas nécessaire de savoir comment Villon et lui se sont rencontrés ni ce qu’ils ont accompli ensemble avant que l’auteur ne nous le dise.
Autrement, ce livre est extrêmement intéressant d’un point de vue historique. On en apprend beaucoup sur le langage des marins et sur la piraterie, et plus précisément la flibuste. Malgré les quelques rares passages un peu « sales » qui pourront rebuter certaines personnes (faut pas le lire quand on a une irrépressible envie de vomir là, c’est clair et net) mais qui m’ont personnellement beaucoup plu (j’ai des goûts bizarre mais je les assume
), je le conseillerais à tout ceux qui veulent en apprendre plus sur l’univers des océans et plus particulièrement des Caraïbes.
Par contre, il faut faire très attention, ce livre est bourré d’anachronismes. C’est impressionnant, déboussolant, original, et tout ce que vous voudrez, il n’empêche que c’est parfois très drôle de retrouver des baladeurs MP3, radios, ampoules électriques etc dans cet univers où le monde les accueille avec peur mais aussi envie, des gens qui prennent cela pour de la magie. Appelées maravillas, ces produits d’une autre époque arrivent dans ce siècle par le biais d’ouragans temporels. Le monde va mal, si mal que le temps lui-même se dégrade, s’enroule sur lui-même pour fusionner deux instants complètement différents.
Villon joue un rôle important dans ceci, en commençant par marchander ces maravillas, afin de devenir riche. Villon est un ivrogne complètement obsédé par ces nouvelles technologies, et notamment par les conserva (je n’ai pas réussi à deviner ce que c’était exactement, je sais seulement que cela sert à se nourrir ou à soigner) qui pour lui, seront d’un grand secours aux populations. Malgré son très gros penchant pour la boisson, on s’attache très vite à Villon, sûrement à cause des différentes épreuves très dures qu’il traverse, notamment ses mises à la diète régulières. Malgré cela donc, Villon va travailler à réparer le monde qui part complètement dans tous les sens, en envoyant ceux qui sortent de ces ouragans par le fond.
Je n’en dis pas plus donc sur l’intrigue générale, à part que même si ça parait complètement déjanté dit comme ça, ça reste vraiment « logique », si tant est que l’on puisse le qualifier de tel. En tout cas, ça confère une ambiance toute particulière au monde du roman d’incompréhension et de peur, très bien retranscrite par l’auteur dans son style bien particulier et agréable, qui sait prendre toutes les formes nécessaires. Il n’y a pas beaucoup de descriptions comme dans un Miéville, mais les quelques qui y sont sont, je n’irais pas à dire belles car ce qui est décrit est généralement dégoutant, mais en tout cas extrêmement efficaces et enflamment notre imagination.
En tout cas, c’est un très bon livre que, même si je ne le recommanderais pas avant de connaître précisément les goûts des gens, je recommande à tout ceux qui veulent lire de la Fantasy originale. En tout cas, si vous avez aimé Perdido Street Station et la Horde du Contrevent, il est très probable que vous aimiez celui-ci, qui réunit certains aspect des deux.
La Volte ne m’a pas déçu et je vais farfouiller du côté de leurs bouquins je pense, j’ai comme l’impression qu’ils ont de très fortes exigences qui promet une qualité extrême.
Immortel de Traci L. Slatton
19/03/10
Immortel (ou Immortal en V.O.) est un livre sortit en 2008 aux Etats-Unis. En fin 2009, les éditions de l’Atalante ont eu l’intelligence de faire traduire ce roman et de le publier au grand bonheur des lecteurs qui malheureusement ne sont pas si nombreux que cela. Je m’étendrais donc sur le bouquin, que j’ai reçu grâce aux critiques collectives que mène Julien sur Livres Fantastiques, plus tard. Pour l’instant que diriez-vous d’un petit aperçu de l’histoire ?!
C’est dans un cahier, offert par l’illustre Dante, que Luca Bastardo, notre héros, nous conte son existence à l’heure fatidique de sa mort.
Luca n’a néanmoins pas eu une vie des plus banales. Enfant des rues et orphelin, Luca essaie de vivre du mieux possible dans cette ville plutôt dangereuse qu’est la Florence du XVième siècle. Ce jeune garçon, au physique des plus majestueux, se débrouille bien comme il peut pour survivre que ce soit par la mendicité, le vol ou bien en profitant de la bonté de certains riches dignitaires florentins.
Un jour, alors qu’il vaque à ses occupations avec ses amis Paolo et Massimo, il est repéré par un grand peintre florentin de cette époque qui n’est autre que Giotto ; une admiration partagée nait entre ces deux personnages, Giotto allant jusqu’à représenter Luca sur une de ses fresques de l’église Santa-Cruze. Quelques temps plus tard il est également repéré par Bernardo Silvano pour sa beauté. Celui-ci est le propriétaire d’un lupanar (bordel), et manigance un stratagème pour le faire rentrer comme une sorte de prostituée pour les hauts dignitaires florentins qu’ils soient laïques ou religieux. Luca se fait prendre au piège, il est donc obligé de se prostituer sous peine d’être battu presque à mort. Sa beauté fait alors de lui un des gigolos les plus réputé de la ville et son éternelle jeunesse ne fait que d’attiser haines et questionnements, notamment le sien.
C’est à partir de cela que toute la vie de Luca Bastardo est basée. Il deviendra mercenaire, marin, physico (médecin), alchimiste. Il rencontrera des personnages comme Botticceli, Léonard de Vinci, Laurent le Magnifique et bien d’autres. Il restera jusqu’au jour où la vie n’aura plus eu de sens pour lui.
Ce livre est un roman historique et il faut vraiment le savoir avant de se lancer dans « l’aventure » car cela n’est pas vraiment explicite au regard des premières pages du livre. En effet Luca est immortel mais cela reste le seul élément « hors norme » de l’histoire, il est beau mais pas pour autant doué d’une intelligence hors du commun.
Parlons tout d’abord de l’histoire. Le récit est plutôt bien structuré, il oscille entre passages d’action, de dialogues, de descriptions, et de réflexions philosophiques, tout est donc bien proportionné. En soi l’histoire est assez banale mais c’est dans son cadre qu’elle se distingue, les paysages divers, allant des campagnes luxuriantes de la toscane aux bas fonds de Florence en passant par les palais Médicis pour finir sous le dôme de la cathédrale Santa Maria Del Fiore, sont à vous couper le souffle.
L’action reste haletante même si l’auteur marque des pauses et c’est pour cela que je pourrais critiquer ce livre. En effet l’action est quand même bien présente dans ce bouquin cependant les passages plus descriptifs ne vont pas capter l’attention je veux dire par là que quelqu’un qui ne s’intéresse pas forcement à l’histoire de cette époque et de Florence car c’est pratiquement le seul point abordé risque de s’embourber dans le bouquin et de ne pas avoir envie de continuer à lire le livre. De plus on peut reprocher à l’auteur d’attendre un peu trop dans le récit pour énoncer les sujets les plus importants de l’histoire.
Là où le lecteur trouve son compte c’est dans les personnages. Bien qu’ils soient pour la plupart de réelles personnalités, l’auteur est arrivé à diversifier le type des personnages certains nous apparaitront mystérieux, drôles, macabres, touchants, sévères, impitoyables, lamentables, haineux, bref vous ressentirez tout un tas de sensations que vous ne retrouverez pas dans un Brisingr ou dans l’Epée de Vérité.
Je parlais tout à l’heure de débats philosophiques ! Et bien oui vous aviez bien lu ! Il s’agit de l’un des gros avantages de ce livre ; d’une part parce qu’ils restent compréhensibles par le commun des mortels comme moi et d’autres part parce qu’ils touchent beaucoup de sujets encore d’actualité comme l’éducation l’art la mortalité et donc bien évidemment la religion et d’autre qui ne le sont plus du tout mais qui font tout de même réfléchir avec la question de l’essence de Dieu et de l’existence d’un « dieu rieur ».
Au niveau de l’histoire ce livre porte donc au final beaucoup d’intérêt avec tout de même ce petit bémol concernant l’attention du lecteur au début du livre et à certains autres endroits.
Quant à la forme je n’ai pas grand chose à dire à part que c’est vraiment impressionnant. Le style est parfait, le vocabulaire très varié. Peu être que l’on peu avoir un peu de mal avec la multitude de mot en italiens mais c’est vraiment mineur.
J’ai donc vraiment apprécié ce livre et j’ai bien pris mon temps d’ailleurs c’est pourquoi je m’en excuse auprès de Julien. Il se lit vraiment aisément et cela fait vraiment du bien de retourner un peu de temps en temps à du « one-shot ».

![7cb6a3d31e0bb9635a1d18694341ca07[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/07/7cb6a3d31e0bb9635a1d18694341ca071-221x300.jpg)
![La-zone-du-dehors[1] La Zone du Dehors de la Volte](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/La-zone-du-dehors1-212x300.jpg)
![dechronologue_couv[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/dechronologue_couv1-219x300.jpg)
![immortel_traci_l_slatton[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/immortel_traci_l_slatton1.jpg)
![immortel_traci_slatton[1]](http://www.over-booked.net/wp-content/uploads/2010/03/immortel_traci_slatton1.jpg)